[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

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Embarquer. Laissez-moi vous embarquer. L'enthousiasme dans ma voix pour cacher le trac. Envolons-nous mes gaillards comme j'aime les nommer lorsqu'ils forment une classe et que déjà ils sont des hommes bien que lycéens. Et souvent enfants de l'immigration, mais pas tous. Les  embarquer pour l'énergie que cela donne car ils se laisseraient volontiers traîner. Energie qui me laissera totalement lessivée à la fin de la semaine mais croire qu'ils auront plaisir et surtout intérêt à écrire, à lire, à mettre en forme des mots. Leurs mots. Remettre du lien et surtout du sens entre eux et le langage. Mais le mot ne plait pas à Ali qui s'agace de me l'entendre répéter. Si pour moi, il y a de l'envol et du dynamisme dans ce verbe c'est que je l'associe aux avions et aux aéroports. Alors je cherche à comprendre ce qui ne lui convient pas dans cet embarquement et je triture le mot pendant qu'ils écrivent : embarquer, mener en barque, débarquement ... et enfin je comprends que ce verbe est aussi celui des flics qui vous embarquent dans le fourgon puis au poste. Embarquer comme l'on entasse, enserre, embrigade, contraint. Je gomme le mot de mes phrases mais leur redis la nécessité d'un pacte de confiance entre nous. Cinq jours passés ensemble. Textes écrits, lus, partagés mis en valeur dans un journal de bord (collages, dessins, papiers déchirés). Et lorsqu'il sera l'heure de nous quitter, je dis à la classe : allez, je vous débarque maintenant.. Ali me sourit avec une belle lumière dans les yeux. Connivence. Les mots ne sont pas toujours des ennemis. Ils peuvent aussi être un espace de jeu.