[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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Prends avec tes lèvres
Je dirai les mots que tu veux entendre

Sublime, obscène, je donne
Plus nue qu’en l’absence de vêtements

Mon déhanché à l’assise de tes jambes
Qui insiste sur ce que je veux

Travail à deux. Dessins. Texte. Un livre prend forme. Texte et dessins qui avancent à leur rythme. S'écoutent, se voient mais ne s'illustrent pas. Infographiste, éditeur - imprimeur qui prennent le relais. Minutie. Patience. Un livre se finalise jusqu'à la pointe d'une virgule, jusqu'à la précision des plis du papier. Sublime 0bscène, le titre qui affirme et interroge. Les dessins sont de Dany Jung. Encres, crayon et sanguine. Editions Eric Linard. 

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Déjà sur les ondes le gouvernement se gargarise avec plus de 300000 auto-entreprises déclarées.  Un chiffre qui raconte un engouement mais pas forcément une réussite. Oui le geste est facile, un clic sur un site, deux trois lignes à compléter et vous voilà auto-entrepreneur. A quoi répond précisément ce statut demanderait une analyse plus approfondie. En tout cas, cela vous fait disparaître des statistiques comme demandeur d'emploi ou en précarité d'emploi. Et chacun étant sa propre entreprise que la concurrence se fasse sauvage ! S'il est vrai que le statut répond à un manque et qu'il me permet de m'affranchir des droits d'auteurs et facilite mes négociations avec les institutions publiques, il est aussi le résultat d'une nouvelle gestion de la précarité. Certains employeurs tentent d'ailleurs de contractualiser ainsi leur relation avec leurs employés. On embauche plus, on propose une inscription comme auto-entrepreneur.
Après le clic d'inscription, il faut s'attendre à quelques difficultés pour gérer sereinement son statut et se préparer à ressentir un grand sentiment de solitude quand cela ne fonctionne pas tout à fait bien. A cumuler plusieurs statuts vous cotisez un peu pour les droits d'auteurs, un peu pour  l'auto-entreprise, un peu pour les contrats salariés ici ou là.  Cotiser un peu partout et pas vraiment. En cas de maladie, de perte de clientèle ou autres soucis, le retour du réel est rude. Comme je n'aime pas me leurrer, j'ai nommé mon dossier lié à ce statut, autotamponneuse, tant il me semble que je travaille de plus en plus avec une vilaine bouée autour du ventre pour amortir les coups et l'impression de tourner en rond sur un bien petit espace, cernée par les lumières clinquantes des vrais chefs d'entreprises. De ceux qui gagnent du vrai argent. Tournez manège ! @dernièremiseàjourlundi1erfévrier2010+ lesateliersd''écritureici

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Un ciel sans nuages, sans horizon qui ramène au trottoir, aux murs des immeubles. Au froid. Une lumière qui pèse sur les paupières. Seule devant l'écran pour écrire le roman, pour répondre aux commandes, pour saisir les textes des ateliers, pour rédiger la réponse à l'appel à projet, pour éditer les factures, écrire des mails, mettre à jour le site, trier les photos, questionner son budget. Seule devant l'écran et l'internet qui n'est pas une fenêtre, les jours de gris-blanc. Envie de quelque chose oui mais quoi ? Comme une faim qui ne trouve aucune nourriture pour la satisfaire. Informations de la radio, des journaux, paroles des amis, des voisins, des collègues, propos des livres qui forment un poids dans le ventre qui ne sait plus rien dire. Les yeux quittent l'écran, interrogent le ciel et buttent contre le silence de la lumière. Livre entrouvert d'Edmond Jabès et cet extrait qui me fait signe : Une parole de l'un ou de l'autre, un geste inattendu suffisent pour que nous ne nous reconnaissions plus. Aujourd'hui est un jour morne, même boire ne servira à rien

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Me voilà à Givors, au bord du Rhône pour une petite résidence d'un mois. Hier, rejoignant mon hôtel après un atelier avec des adultes, vers 22 heures, je longeais le Rhône  au bord duquel la ville s'est construite. Le fleuve était lourd d'eaux de pluie. Il s'enfuyait vers le sud, totalement indifférent aux rives et à la barge qu'il contournait avec force et remous. Je suis restée un long moment à le regarder et je lui ai parlé. J'ai renoué une converstation ancienne avec beaucoup d'émotion. J'ai vécu 25 ans sur une péniche à Lyon. Et ce que j'aimais le plus était m'asseoir dans la cuisine, la nuit, lumières éteintes et regarder le fleuve suivre son tracé. Un fleuve changeant et puissant. Il y a trois ans, nous avons vendu le bateau, depuis j'ai évité le fleuve. Hier soir, c'était la première fois que je renouais un lien. L'émotion que j'ai ressentie est celle de l'exilé qui longtemps enferme le pays quitté dans sa mémoire pour ne pas s'effronder. Souvent j'ai écrit que j'aimais les fleuves parce qu'il sont à la fois ici et là-bas. J'ai cherché une photo dans les archives de mon ordinateur, je n'ai trouvé que celle-ci, prise il y a deux ans dans le delta de Camargue (les autres sont sur le disque dur resté à Lyon). Le petit Rhône qui s'enfonce dans les roseaux et ne ressemble en rien au fleuve qui traverse mes souvenirs, chariant à cette époque beaucoup de bois et de boue. Bientôt, à la fonte des neiges, il sera si impétueux qu'il empêchera ses affluents de le rejoindre, alors les crues viendront rappeler aux riverains qu'il est maître chez lui. Oui, il m'a manqué. A Givors existe une maison du Rhône. Je le sais depuis longtemps mais j'en ai pris conscience seulement hier soir. C'est la fin d'un deuil, il me semble. Le fleuve a continué  à être ici et là-bas, et moi j'étais où ?

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Vendredi15 janvier, avec Anne Chastrusse, directrice de la médiathèque, nous devions nous décider quels triptyques allaient être publiés dans le livre de la résidence. Choisir c'est perdre. Sur les 80 textes mis en ligne sur le site, nous ne pouvons en garder qu'une trentaine sur le papier. Frustration. On a choisi de sorte à offrir une lecture variée, à l'image des ateliers. On a trié. On a décidé.
Puis de voir tous ces visages que j'ai pris en photo, ces textes écrits et donnés, je sens monter en moi une très forte émotion. Quelque chose de généreux a été partagé et c'est là, entre mes mains sous forme de brouillon. Cela marque aussi la fin d'une aventure humaine. Lecture des textes dimanche à la Tuilerie avec une mise en scène d'Hélène Azéma, puis il me faudra rentrer chez moi. Je suis contente de revenir at home, mais vibre en moi la trace mouvante des rencontres. Tout ce que le livre, le site et les bilans ne raconteront pas : le fragile des rencontres. Le fragile du faire ensemble. Et quelque chose aussi de plusieurs morts cette semaine, le penseur Daniel Bensaïd, le cinéaste Eric Rohmer, le chanteur Mano Solo. Le cimetière de ma mémoire rassemble ses morts. 
 

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