[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

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Discussion avec une amie au sujet de la Biennale d'art contemporain de Lyon. Ce que l'on a aimé ou pas. Ce que l'on a retenu ou pas. Pour, elle c'est le travail d'Ernesto Ballesteros qui a été le temps fort. Pour moi aussi, sauf que je l'avais oublié. Étrange que ce moment important de ma visite ait ainsi disparu de ma mémoire. Je suis troublée. D'en discuter avec mon amie a permis aux souvenirs de ressurgir. Je revois cet endroit délimité de la Sucrière et cet homme assis face au mur concentré sur ce qu'il a entre les mains. Puis c'est l'heure comme l'indique l'affiche explicative. On s’assoit sur le banc prévu à cet effet et l’homme se lève, et lance d'un geste souple un avion ultra léger dans l'air. L'avion monte et effectue une série de rotations autour d'un poteau en béton. Sur les bancs un public silencieux, sous le charme. C'est beau, c'est apaisant. Quand l'avion a fini son vol, l'homme le récupère d'une main avant qu'il ne se retrouve au sol. Il sourit discrètement à ceux qui applaudissent. Puis il va chercher un autre avion dont il a remonté l'élastique pour permettre le mouvement de l’hélice. Un vol reprend. Même attention, même silence, même douceur. Si mon amie ne m'en avait pas parlé, ce souvenir aurait disparu, je le sens. Qu'il soit dorénavant accolé à mon trouble, lui garantit une place plus pérenne dans mon cerveau. Mais je ne peux m'empêcher de ressasser : comment ai-je pu oublier ce moment essentiel de ma visite ? Combien de souvenirs et de messages importants ai-je ainsi évacués ? Heureusement, je me raccroche à un autre constat :  se souvenir, vivre, penser ou réfléchir ne se fait peut-être pas sans les autres ? Peut-être. Il faudra que je m'en souvienne. 

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Il suffit de s'éloigner de ce qui nous tourmente pour y réfléchir mieux. Marcher le long de la côte en direction du cap Taillat vers Saint-Tropez. Un lieu qui peut effrayer en été, mais s'avère un endroit magique en cette fin décembre. Le paysage est beau, la température clémente, le sable blanc-bleu sur certaines plages. On croise peu de gens, quelques familles avec des jeunes enfants. J'ai marché avec en tête un prochain livre. Le rythme des pas comme appui à la méditation. Quand j'ai vu cet arbre, j'ai demandé à être prise en photo. Je pensais aux peintures de Caspar David Friedrich. Des tableaux qui distillent un sentiment étrange : qui sont ces gens peints de dos (ce qui n'était pas courant au début XIX ème) ? Les paysages, parfois rudes, découpent des ouvertures inquiétantes vers la mer ou le lointain. Friedrich a perdu un frère, noyé dans la Baltique. Il a perdu, très jeune, sa mère et deux sœurs. Ses tableaux sont hantés par ces morts. Moi, j'étais simplement hantée par l'Allemagne de l'Est, ce pays qui n'existe plus et qui pourrait être le thème central du livre à venir. La mort d'un pays ?

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Joyeuses poubelles ! Des mots que j'aimerais envoyer comme vœux. Je me retiens. Ne pas dire cela. Ne pas gâcher. Et pourtant, comme tout le monde, je n'ai pas su résister. J'achète des cadeaux. Je n'arrive pas à dire non. Et pourtant je me souviens que Noël, pendant mon enfance, c'était chanter autour du sapin avec le père, la mère, les frères, la sœur. Partager quelques  pâtisseries faites maison et un cadeau chacun. C'était un des rares bon moment passé en famille. Maintenant, je ne parviens qu'à faire des cadeaux. Pour me différencier (ce que je crois) je fabrique de mes mains, je choisis du bio, du made in France, j'ajoute de la poésie mais tout le monde du commerce m'observe, il me connait bien. Il sait que je veux faire différemment et m'offre du différent à prix indiqué. Il m'entoure de son bras léger et dit :  laisse-toi aller, je m'occupe de tout. Je nourris la machine, puis je ressens une grande fatigue. Quand oserais-je mettre mes poubelles à la diète ?

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Je suis en résidence au Centre culturel, Centre de Créations pour l'Enfance de Tinqueux-Reims (Michel Fréard à l'origine du lieu, tenait beaucoup au s de création). Depuis quelques mois, c'est Mateja Bizjak qui dirige l'endroit. Et c'est un lieu vraiment stimulant. Comme y sont proposés des ateliers (terre, musique, arts plastiques...) principalement pour les enfants, mais aussi pour adultes, que l'on peut y voir des expos imaginées par le Frac, des expos créées in situ, entendre des poètes et en lire (c'est une maison de la Poésie) et qu'on y accueille régulièrement maternelles, primaires et lycées, il règne ici une effervescence sympathique, proche de l'esprit Education populaire. Le Centre de Créations offre des prestations grand public sans rogner sur l'exigence. Le grand public a un cerveau plus large qu'une bouteille de Coca, n'en déplaise aux mercenaires de TF1. Valérie Rouzeau, poète, a pendant une dizaine d'années décrété la Décarêmélisation de la poésie (et toc !) au coeur de la revue Dans la lune, ici on prend les enfants au sérieux. Personnellement, j'y trouve un espace de travail où je peux mêler mes écrits aux arts plastiques, à la photo et aux aiguilles de sapins (ben oui, c'est bientôt Noël). C'est un lieu généreux où l'on veut croire à la nécessité de la création et du partage, où le cynisme n'est plus la seule réponse à l'état de crise du monde. On oublie d'ailleurs, trop souvent de préciser que crise vient du mot grec Krisis, moment clé, moment où ça doit se décider. Le monde est en crise, tant mieux, le tout libéral est un modèle économique qui ne fonctionne plus. Les nantis ont les poches tellement pleines qu'il ne parviennent plus à avancer, donc à penser. Face à leur obésité, nous sommes bien obligés de reprendre les commandes. Le monde est en crise et au Centre de Tinqueux, parfois avec des bouts de ficelles (colorées !), on parvient à inventer de l'ailleurs, du différent et à choisir l'espoir comme moteur de vie.

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Écrire comme l'on récupère des miettes de pain sur la table. La main qui nettoie sans réfléchir, puis le geste jusqu'à la bouche et le  goût fade du pain sur la langue. Quelque chose d'un peu décevant, mais qui nous relie à une histoire ancienne dont on a perdu l'origine. 

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