[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Atelier d'écriture itinérant. Le groupe est amené à dormir dans deux gites ouverts récemment. Dans les deux cas, nous reconnaissons de nombreux objets et meubles Ikéa. Cela occupe la conversation et le lendemain nous ramassons plusieurs étiquettes du magasin dans l'herbe et le sable de la cour. Le commentaire de l'un des participants : nous sommes cernés ! A Lyon, la semaine d'après, sur une terrasse deux architectes, un peu ivres, s'engueulent au sujet d'Ikéa. L'un explique comment la réussite de cette marque démonte les propos du Bauhaus qui espérait en mettant le design à portée de tous, changer le monde. Les produits Ikéa sont certes bien conçus et plutôt beaux, mais ils ne nous rendent pas meilleurs ou plus intelligents. Ils font bien vivre quelques designers et proposent de l'utilitaire à prix bas. 
Ce qui est certain, c'est que ce magasin semble extrêmement bien nous connaitre et intègre rapidement nos changements de comportement. Reste à définir ce nous auxquels ils me semblent appartenir. Ils savent notre goût pour l'écologie, de l'épure et que nous avons digéré Andy Warhol, Buren et les films d'Almodovar. Ils nous ont cernés et nous sommes cernés par leurs objets. D'ailleurs leur dernier catalogue a pour titre  : Histoires de votre vie. Ikéa est devenue notre lieu commun. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Parfois, je me pose juste la question de savoir ce que cela nous empêche de voir. Heureusement, j'ai résisté à la cuisine intégrée, mais jusqu'à quand ? photo@patrickarpino

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Certains mondes s'ouvrent à vous, subitement avec leur cohorte de vocabulaire spécialisé, parce qu'un examen oculaire dépiste dans votre œil droit une macula bombée dont vous ignoriez tout il y a quelques secondes encore. Dans un premier temps, j'ai pensé à la chanson de  Bashung : bombez les torses bombez, mais l'internet m'a soufflé une chanson un peu plus complexe. Ce défaut peut-être bénin ou le début d'une maladie dégénérative de la rétine. Ni moi, ni le médecin n'en savons rien pour l'instant. Il faut surveiller. J'ai oublié de demander si cela pouvait expliquer le côté penché de mes photos (je dois presque toutes les redresser dans le même sens et dans une même proportion), cela m'éviterait de me ridiculiser chez mon photographe. Oui,  je bombais moins le torse parce que mes yeux, tout de même, c'est mon outil de travail :  écriture, lecture, photo. J'ai été marcher dans le quartier parce un peu d'angoisse me lestait les jambes. Quand le tram est passé, j'ai fermé les yeux pour m'habituer, au cas où - c'est une maladie qui peut rendre aveugle - et j'ai senti sur mon visage le déplacement d'air frais qui faisait du bien à cause du temps lourd. Je ne voyais pas mais je ressentais. Alors je me suis dit qu'après tout, cela pouvait être une expérience constructive - j'ai été surprise par mon optimiste et de ma confiance. Du coup, j'ai  repris, bien fort cette fois-ci  la chanson de Bashung dont je me demande bien ce qu'il voit, lui, avec ou sans macula: bombez le torse bombez / prenez des forces, bombez / ça c'est my way. 

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Dans le miroir de la coiffeuse / ovale sans cadre / mes yeux sur le nombril / sourire du ventre / le débardeur relevé / l'attente des seins / de l'avenir dans le miroir / danser le lundi au soleil / je n'ai pas de montre / la molle rondeur des cuisses / bouger au repli du ventre / j'imite les filles de la télé / les frères accrochés à l'écran / le déhanché de la fesse / qui rapproche les yeux / C'est une chose qu'on n'aura jamais / Je me veux devant l'écran / les frères qui s'énervent / quel boulet / quelle glu /   dégage fesses plates / mes jambes reçoivent leurs coups. (J'ai beaucoup dansé - chantier en cours). Photo arpino@swiatly

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Retour d'Allemagne. Déconnectée depuis 15 jours pour mieux regarder, réfléchir, ressentir  l'instant . A l'approche de la frontière, je rejoins le flux : France inter. Et les mots qui ramènent à mon pays, celui où je vis : Démantèlement des campements Roms et la fierté du ministre qui règle cela en quinze jours - pendant que les citoyens (espèrent-ils) sont ailleurs. Furieuse d'entendre le vocabulaire du journaliste - on démantèle un réseau de trafiquants, de proxénètes... mais on détruit les logements précaires des plus pauvres de l'Europe. Ceux-là qui après la chute de Ceaucescu ont perdu leur dernier moyen de subsistance : le travail dans les fermes collectives. Des hommes, des femmes et des enfants qui vivent de champignons et de pommes dans leur pays (sans eau, sans électricité, loin de toute urbanisation) et viennent mendier nos restes dans la rue.  Le journaliste qui emploie le vocabulaire des communiqués de presse, des mots pour effrayer, dissimuler, sur-jouer. Les mots de la propagande. Il faut, pour s'en convaincre, aller voir l'expo au musée de la Résistance, créée à une époque où la France accueillait encore (un peu) l'autre. Grâce à cette expo, les Roms deviennent la famille Tarzan Covaci. On les croise (peut-être encore) rue des Frères Lumière à Lyon. Dans les messages envoyés par le réseau RESF, chacun peut constater que ces "démantèlements" sont une intervention sur site avec combinaisons blanches et gants pour ne pas attraper le mal des pauvres. On jette toutes les affaires dans les bennes. Ceux qui avaient peu, n'ont plus rien. Même plus de noms, de prénoms. Ce sont les Roms et les amalgames sont faciles et bénéfiques pour détourner les regards : gitans, gens du voyages, truands, empoisonneurs de chiens, voleurs à la tire, fainéants, profiteurs du système... Alors quand des humains ne sont plus qu'un groupe que l'on désigne du doigt, que l'on chasse, que l'on accuse de tous les maux, alors oui, il faut trembler de peur, de honte et surtout d'indignation.  ©Photo d'une gravure de Käthe kollwitz prise au Schloss Gottorf de Schleswig - tirée de la série Guerre. 

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Départ imminent pour Hambourg et les îles Frisonnes (côté Allemagne et Danemark). Camion aménagé sommairement mais confortablement. Appareil photo. Je n'écrirai pas. Le carnet en cas d'urgence mais seulement pour noter. L'ordinateur restera à la maison. La vacance de l'écran. Des livres, bien sûr dont le volumineux Écrire, inscrire de Jean-Claude Mathieu dont j'aimerais parler sur Remue.net. Un essai sur l'écriture réfléchie au miroir des inscriptions : traits dans le sable, tatouages sur la peau, lettres sur une tombe, graffiti, etc. Pascal Garnier et David Peace que m'a conseillé Jérôme de la librairie Aux bonheur des ogres à Lyon. Le plaisir de partir pour une région dont j'ai peu de représentations visuelles, sauf peut-être une certaine lumière et des horizons généreux. Et bien sûr l'occasion de parler en allemand, le hoch deutsch. Un allemand très différent, moins guttural que dans le sud du pays. Bis bald ! 

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