Il suffit de s'éloigner de ce qui nous tourmente pour y réfléchir mieux. Marcher le long de la côte en direction du cap Taillat vers Saint-Tropez. Un lieu qui peut effrayer en été, mais s'avère un endroit magique en cette fin décembre. Le paysage est beau, la température clémente, le sable blanc-bleu sur certaines plages. On croise peu de gens, quelques familles avec des jeunes enfants. J'ai marché avec en tête un prochain livre. Le rythme des pas comme appui à la méditation. Quand j'ai vu cet arbre, j'ai demandé à être prise en photo. Je pensais aux peintures de Caspar David Friedrich. Des tableaux qui distillent un sentiment étrange : qui sont ces gens peints de dos (ce qui n'était pas courant au début XIX ème) ? Les paysages, parfois rudes, découpent des ouvertures inquiétantes vers la mer ou le lointain. Friedrich a perdu un frère, noyé dans la Baltique. Il a perdu, très jeune, sa mère et deux sœurs. Ses tableaux sont hantés par ces morts. Moi, j'étais simplement hantée par l'Allemagne de l'Est, ce pays qui n'existe plus et qui pourrait être le thème central du livre à venir. La mort d'un pays ?
Joyeuses poubelles ! Des mots que j'aimerais envoyer comme vœux. Je me retiens. Ne pas dire cela. Ne pas gâcher. Et pourtant, comme tout le monde, je n'ai pas su résister. J'achète des cadeaux. Je n'arrive pas à dire non. Et pourtant je me souviens que Noël, pendant mon enfance, c'était chanter autour du sapin avec le père, la mère, les frères, la sœur. Partager quelques pâtisseries faites maison et un cadeau chacun. C'était un des rares bon moment passé en famille. Maintenant, je ne parviens qu'à faire des cadeaux. Pour me différencier (ce que je crois) je fabrique de mes mains, je choisis du bio, du made in France, j'ajoute de la poésie mais tout le monde du commerce m'observe, il me connait bien. Il sait que je veux faire différemment et m'offre du différent à prix indiqué. Il m'entoure de son bras léger et dit : laisse-toi aller, je m'occupe de tout. Je nourris la machine, puis je ressens une grande fatigue. Quand oserais-je mettre mes poubelles à la diète ?
Écrire comme l'on récupère des miettes de pain sur la table. La main qui nettoie sans réfléchir, puis le geste jusqu'à la bouche et le goût fade du pain sur la langue. Quelque chose d'un peu décevant, mais qui nous relie à une histoire ancienne dont on a perdu l'origine.
RSS 2.0 | site map | propulsé par LoGz CMS | Copyleft Licence Art Libre | réalisé par Netsucces.net