Associations d’idées
Une plainte d’amour. Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l’Autre. Chercher ce qui est perdu, la proximité. Ne savoir que faire pour se plaire. Courir vers les murs, s’y jeter, s’y heurter. S’effondrer et se relever. Reproduire ce qu’on a vu. S’en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Être dépris. S’enlacer. He is gone. Avec les yeux fermés. Aller l’un vers l’autre. Se sentir. Danser. Vouloir blesser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l’espace. Aimer.
Café Müller – Pina Bausch in Histoires de théâtre dansé par Raimund Hoghe – ed. L’Arche
C’est un vendredi de juin. Juin 2009. Je sors d’une réunion de travail pour sélectionner les lauréats d'un concours de nouvelles (Quelles nouvelles ?). La discussion était intéressante. Le concours accepte de primer des textes qui ne font pas consensus (quel mot difficile à écrire en toute simplicité). La journée est belle, dans une heure, je prends un train pour Chambéry. Randonnée dans le massif de Belledonne prévue pour le week-end. La vie est légère. C’est l’été. Pleinement l’été. Oui Michaël Jackson est mort, oui Frédérick Mitterand est ministre de la Culture, oui à Calais des hommes sont arrivés dans l’entonnoir du mythe européen et ils en crèvent comme des chiens. Oui. Mais ce serait mentir de dire que je ne parviens pas être heureuse ce jour-là. Vivante en tout cas.
Et,
Mais,
A l’arrêt de bus où je patiente, trois hommes en tenue Sécurité TCL, Transport en commun de Lyon, encadrent une femme. La trentaine. Trois autres personnes s’y ajoutent, celles-là en tenue Police Municipale, puis viennent se joindre à elles trois Policiers, voiture qui se gare avec arrogance en contre sens. Coup de volant viril. Ils portent des armes. Neuf uniformes assermentés. Neuf personnes dont certaines armées, encadrent un 27 juin 2009 vers 15h une femme d’une trentaine d’années, non armée, en tenue estivale.
C’est ce que je vois.
J’interroge un TCL : elle doit être dangereuse ? Lui avec du dépit dans la voix : elle a de nombreux PV non payés à son actif. Je m’étonne du dispositif. Il répond, oui, je sais mais on doit prévenir la police. On est obligé.
Donc, pour notre sécurité (discours officiel), il faut neuf personnes dont certaines armées pour neutraliser une femme d’une trentaine d’années qui ne paient pas ses PV. Sa dangerosité est telle qu’il faut mobiliser neuf personnes pour faire cesser ses agissements mafieux. Une délinquante de haut niveau interceptée à un arrêt de bus. Parce que les grands bandits, les grands arnaqueurs, les profiteurs du Cac 40, des délocalisations, des placements véreux, des abus de pouvoirs, des je tape dans la caisse… prennent, bien entendu, les transports en commun… Alors neuf personnes, c'est bien le minimum.
En tout cas, c'est un flagrant délit. Et ça c’est bon à prendre, un flagrant délit. Bon pour les statistiques du Ministre de l'intérieur.
J'ai peur, mais pas de cette femme. Non vraiment pas.
Depuis quelques mois, mes doigts sont en état de sécheresse extrême. Ils s'échauffent, se gonflent, rougissent... Au marché de la poésie, je ne parvenais plus à feuilleter un seul livre au risque d'y laisser une trace saignante et disgracieuse. J'ai fini par consulter un médecin qui a diagnostiqué une allergie au papier. C'est malin ! Je vois déjà François Bon ricaner et me refourguer sa liseuse de l'an passé : l'électronique ma vieille ! L'électronique ! Ayant quelques livres papiers à finir (bien une vingtaine de retard), je suis obligée d'enfiler des gants de coton. Mettre une distance entre moi et les causes de mon allergie. Littérature à pendre avec des gants. Ce n'est pas pratique mais cela donne un genre. Par contre, le pad de mon ordinateur est totalement insensible au charme des gants de coton, et il me faut les retirer pour m'en servir. Déjà qu'il y avait les lunettes...