Je ne suis pas une avide d'actualité - de moins en moins - elle enivre plus qu'elle n'informe. Et comme à une époque, j'ai accumulé pas mal de magazines littéraires, souvent lorsque je mange seule, je puise dans mes piles au gré d'un titre de une ou du hasard. Je prends alors soin d'éteindre la radio (la télévision étant définitivement proscrite chez moi) et je lis ou relis des articles avec la sérénité de la distance. Pas d'urgence.
Ainsi, j'ai relu une interview de Pierre Guyotat dans le Matricule des Anges qui date de juin 2005. Ce qu'il dit sur sa quête douloureuse d'une voix singulière pour chacun de ses livres, provoque une belle stimulation chez moi. Cela me donne envie d'y aller même si le mot douleur tend chez moi à être du labeur (du laborieux).
"On n'écrit pas déconnecté. On écrit dans la vie. Dans la vie des autres. Un bruit, un son , un aboiement, un vagissement d'enfant et vous trouvez ce que vous cherchez"
Mais ce qui m'a le plus intéressée, ce sont ses propos concernant ses carnets, forcément :
"Carnets de bord, ça dit bien ce que ça veut dire : c'est une façon de baliser mon existence. Ca me permettait dans les années 80 de me prouver que j'existais. J'avais alors, suite à l'extrême dépression , au coma et au terrible choc du retour à la vie, perdu mon moi, je ne pouvais plus dire "je". Ces notes, ces espèce de signes, m'ont permis de lutter sinon contre la folie, du moins contre la perte de raison. Carnets de bord : pour prouver que j'avance, que je bouge, que je vis, que "je"... comme les musiciens qui faisaient des fugues, des gammes tous le jours pour se prouver qu'ils étaient encore capables de raisonner en art. Ecrire quelque chose, définir une idée, les contours d'un corps, c'est un acte de raison, donc si on peu toujours le faire, c'est que ça va encore bien."
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