[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Fin de la résidence où il fut bon de s'exiler derrière les remparts d'une chartreuse. Travail collectif qui parfois vous donne une belle énergie mais la nécessité aussi de s'éloigner un peu. Retourner dans la chambre, marcher loin des hauts-murs, se rapprocher du Rhône, lire Après beaucoup d'années de Philippe Jaccottet avec qui j'arrive enfin à entrer en raisonnance (oui il faudrait écrire résonance mais l'orthographe là me convient). C'était la semaine passée, déjà le lieu accueille d'autres résidents et c'est bien, même si on se sent comme l'enfant découvrant que sa mère aime aussi ses autres enfants. Il faut retrouver l'autre chantier : Un enfant assorti à ma robe. Peut-être qu'il manque le temps d'une rêverie mais c'était hier et demain nous attend. Le présent ne nous retient pas et se nourrit de lui-même, on peut essayer de le garder à la surface de l'écran mais il n'est qu'une mélancolique illusion. 

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Quatre jours que je suis à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Je prends mes marques, je ne me perds plus dans les nombreux couloirs, jardins et allées du cloître. J'apprivoise la cellule où je loge. J'apprivoise aussi les présences réelles ou fantasmées qui hantent mon sommeil. Six cents moines enterrés - tout de même - ici dans un des jardins. J'ai l'humeur au travail et surtout, je ressens une impossibilité grandissante à quitter les murs du cloître sauf pour acheter de quoi manger ou de quoi boire. D'habitude, en résidence, j'aime marcher dans les environs, découvrir les lieux, les photographier, me perdre dans les rues, regarder les gens. Mais, ici, les murs me retiennent. Franchir le portail c'est retrouver le rythme du monde commerçant et je n'en ai pas envie. Et c'est une bonne chose pour moi. Je me contente de passer de la salle de répétition à mon bureau, m'attarder dans la salle capitulaire ou l'ancienne prison, parcourir les livres de la librairie ou de la bibliothèque, retourner à la salle de répétition. L'idéal serait de parvenir aussi à me couper d'internet. M'obliger à encore plus de concentration. Quand je ne parviens pas à avancer dans mon texte, je sors pour photographier mon reflet dans les fenêtres, les portes vitrées. M'inscrire dans le lieu. Je me sens bien.

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Il a 14 ans et me dit : nous on a de la chance, on sait tout sur la sexualité. Je m'étonne, il continue, ben ouais avec internet on voit tout. Dans la classe, les autres élèves acquiescent plus ou moins ouvertement. Voir tout. Comme si le sexe était une question du voir et du tout. Et qu'a-t-il vu ? A trois clics près : des pratiques filmées comme elles étaient vraies, des femmes soumises au désir d'hommes désincarnés, des hommes qui bandent à volonté, des femmes violées se transformer en chaudasses comme ils disent, des pratiques zoophiles, scatologiques ... en une absence totale d'imagination. Devant l'écran, il ou elle aura pu se masturber frénétiquement devant des images nombreuses, répétitives et très vite écœurantes. Des scènes éloignées de la réalité sexuelle surtout ainsi disponibles en quantité affligeante. Avec qui ont-ils pu en discuter ensuite ? Que fera-t-il face à une fille qui dit non. Que fera-t-elle face à un homme qui ne parvient pas avoir une érection. Que pourront-ils inventer ensemble les yeux bourrés d'images réductrices malgré leur nombre. Plus d'éducation sexuelle à l'école (ou très rarement), parents silencieux, émissions éducatives absentes... Jeune, j'ai eu accès à des livres pornographiques mais c'était rare et la parole qui circulait entre nous, lycéens, étaient souvent encadrés par des adultes (infirmières, animateurs de groupe de paroles, même le curé du lycée nous parlait de sexualité). On ne peut pas mettre au même niveau l'accès à un livre ou un texte pornographique et cette possibilité de regarder sans fin (j'allais écrire sans faim) du porno dès le plus jeune âge. Il ne s'agit pas de nier la sexualité des enfants ou de s'effaroucher de leurs pratiques masturbatoires, mais le commerce de la pornographique renvoie à des échanges pauvres et majoritairement avilissantes pour les femmes. Après le tout voir, peut-être pourrait-on essayer le : en parler un peu ! 

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C'était samedi 13 octobre dans la tournerie Buffaud à Maisod. Il y a Charles, il y a Roland. Charles est poète, son nom est Pennequin. Roland est artisan tourneur, son nom est Buffaud. Dans l'atelier les deux hommes se rencontrent - deux belles statures. Le public n'est pas encore là, ils font connaissance, parcourent les lieux. Atelier, outils, livres, textes... Ils sont très respectueux l'un de l'autre. Quand le public arrive après quelques heures de marche sur les sentiers jurassiens, l'un lit ses textes, l'autre l'accompagne en soufflant dans différents appeaux (Roland tourne les parties en bois pour un fabricant) ou encore il allume ses machines pour créer un fond sonore. L'un dit, lit, scande pendant que l'autre souffle, tourne.  C'est étonnamment juste comme rencontre. Puis le groupe s'en va, on retrouve Charles Pennequin dans les jardins du château de Maisod où Lamartine séjourna. ... j'écrase les mots / tout ce qu'y a dans ma tête / je le sors et je le ratatine par terre, dit-le poète. La rencontre eût lieu grâce aux entêtés et aux entêtements de Saute-frontière

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C'est un livre que j'aurais dû lire plus tôt, j'en avais découvert des passages sur le site afférent. Mais voilà, il faut être prêt (j'aurais pu écrire près) pour recevoir ce point de vue sur la mutation du livre (comme contenant de l'écriture) vers le territoire web. Un territoire que je pratique pourtant depuis longtemps. Quelques années que je navigue sur la toile, l'internet, le web et je participais même, en 1985, à un groupe de travail autour du Minitel. Il est vrai que j'ai eu souvent le sentiment d'un territoire investi de manière autoritaire par des hommes (à quelques exceptions près comme ma camarade Isabelle Aveline, créatrice de Zazieweb - mais justement elle est passée où ?). Donc François Bon a écrit Après le livre et j'en trouve le propos  formidable, il nous réveille la mémoire, remet les livres dans les bons rayons et déplie avec gourmandise les possibles du numérique, nous dit combien déjà il y a du passé (de la nostalgie) dans l'aventure (se souvenir des premières consoles Atari !). Et l'évidence que nous vivons une époque aussi excitante et déstabilisante qu'à l'apparition des imprimeries ; et si l'outil transforme nos habitudes, c'est avant tout un regard sur le monde qui y circule. Avec la nécessité d'une grande vigilance face aux forces dominantes qui phagocytent le territoire et font circuler leurs seules valeurs. Occuper le terrain avec inventivité avant que les places vacantes ne se fassent rares. Mon intérêt aussi pour l'analyse du géographe  Boris Beaude dans son livre :  Internet, changer l'espace, changer la société.

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 "... je suis celle qui donne une place dans son ventre mais peut tout conclure par un X définitif, je suis celle qui arrache les yeux à ceux qui ne veulent pas te voir, je suis un avé maria qui s’écrase sur un mur d’intolérance, je suis wonder women qui attend avachie sur un banc d’hôpital ... " Traduire un tel passage en langue des signes n'est pas évident. Avec Anthony Guyon, comédien, metteur en scène et sourd, je découvre combien la langue est faite d'implicite - tu vois ce que je veux dire ? et bien non, Anthony ne voit pas toujours ce que je veux dire et il me faut alors approfondir, détailler, défendre mon propos. C'est une rude leçon de modestie, car toute facilité d'écriture est immédiatement détectée. Mise à nue. Vitesse des doigts sur le clavier et ajustement des paragraphes sur l'écran nous donnent l'impression fausse de tenir le texte. On se contente. Je découvre aussi que la lecture est difficile pour les sourds, j'étais persuadée du contraire ignorant que notre langue et nos signes sont des traductions de sons et de mots que l'on a entendus depuis notre prime enfance.. J'apprends. J'aime ensuite voir Anthony et Géraldine Berger, sur le plateau,  interpréter en signes ou inventer des mots-images en Virtual Visual (VV) ce que j'ai écrit. Alors c'est à mon tour de demander des précisions, de valider ou pas. J'ai parfois la surprise à travers leur interprétation de découvrir le sous-entendu de mon propre texte. En fin de journée, j'ai  la forte envie de m'exprimer à mon tour en LSF, de faire taire le bruit en moi. Mettre les mots à distance.

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Chef d’œuvre est un mot que j'ai du mal à lire ou plus simplement à comprendre. Il semble placer là-haut, quelque chose que moi, agnostique littéraire, je préfère situer à hauteur humaine - à côté de moi, éventuellement juste devant. Quand le journal Libération décrète que le livre de Christine Angot est un chef d’œuvre, je suis sidérée par la pauvreté du propos. Que j'aime ou pas ce livre, le qualificatif veut m'empêcher de penser. Il ne s''adresse plus à moi d'égale à égale alors que nous vivons dans le même présent. Il ne me laisse aucune place.Pour me défendre, j'imagine que comme dans les jeux d’enfants, celui qui dit c'est celui qui est. Car celui qui désigne le chef d’œuvre cherche simplement à se situer dans l'aura de l’œuvre désignée. Pourquoi pas. Chacun son égo. Sauf que sacraliser ainsi la littérature, c'est la poser sur un fragile piédestal. C'est en faire un objet muet et un tantinet obèse. Certain livres m'ont ouvert des chemins, nourri ma réflexion, étreint mon émotion sans que je les considère comme des chefs d’œuvre et encore moins, les imposerais-je comme tels aux autres. Ils sont avant tout des compagnons de route. D'ailleurs les musées sont remplies de chefs d’œuvre que l'on prend en photos à la va-vite ou que l'on ramène chez soi reproduits sur un mug ou un t-shirt. Oubliant que chef d’œuvre ou pas sans un regard impliqué de l'autre, il n'y a pas plus d'art mais de la simple décoration. 

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Il est des auteurs qui se décrètent propriétaires de la langue, la vraie langue française. Une langue qui serait immuable comme si elle n'avait jamais été enrichie par des langues étrangères, des langues régionales, des mots d'argot... Une langue qui n’existerait que pour ressusciter dans leurs écrits car eux ils savent. Richard Millet en fait partie et il tient à l'affirmer souvent. Écouté et respecté car il est également éditeur (dont deux Goncourt précisent les interviewers), il décrète ce qui est beau dans la langue et ce qui ne l'est pas. Ce qui ne l'est pas, vient essentiellement de la banlieue. Car même s'il est un grand écrivain, il utilise un vocabulaire généraliste pour désigner l'autre : les noirs, les arabes, les jeunes de banlieue. Lui-même se définit comme étant français de souche, blanc, catholique, hétérosexuel et se sent menacé par l'autre dans cette construction identitaire. J'avais, il y a quelques années lu son livre Lauve le pur, j'y avais trouvé une langue moins exigeante que celle promise par son auteur mais qu'importe ma déception car ce qui m'a poussée à définitivement refermer le livre c'est une phrase presque anodine au premier abord : "en m'asseyant près de la vieille dame (...) dont les années avaient à peine altéré le beau et très français visage." Un visage très français ? j'ai beau tourner cette phrase dans ma tête, j'ai beau questionner l'histoire française, je ne vois pas ce que peut-être un visage très français (caucasien ? ). Comme elle a été écrite par un vrai érudit (français, blanc, catholique, etc), elle n'est pas anodine. Si elle ne suggère pas un visage précis, elle tente subtilement d'effacer tous les autres visages qui constituent la France, ceux qui comme mes grands-parents et parents ont immigré au début du siècle, et ceux d'avant encore. Ceux qui ont permis que sur ma carte d'identité, il y ait écrit nationalité française et que je puisse le vivre sereinement sans avoir à justifier de mon faciès aussi beau soit-il. 

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Quand l'humeur n'est pas au partage, j'aime prendre le chemin accessible dès ma maison. Je le connais bien, une heure de marche environ. Démarrage pentue qui essouffle ma mauvaise humeur. Je sue et je sais qu'il faudra monter le chemin de Rôbe jusqu'à l'ancienne carrière, poursuivre après la coupe de bois avant de retrouver du plat. Je monte, je râle et parfois même je répète à voix haute  : lâche-moi ! mais lâche-moi donc. Il est des fantômes qui s'obstinent, ils s'accrochent à vous et alourdissent la marche. Maintenant je parviens à ajouter : quoique tu fasses, j'avancerai. Puis le terrain devient plus doux et s'ouvre sur des prairies. Ce soir-là, au bord du chemin, je vois une toute jeune colchique. La fleur de la fin de l'été. Déjà. Après la suée, la récompense du paysage et dans la descente, Belledonne et les Bauges se séparent du soleil. Rose orangé dans un ciel presque gris. Je ne dis plus rien. Je me sens légère. Il y a longtemps, j'ai choisi de ne pas mourir tout de suite et dans la descente du chemin, je me dis que j'ai bien fait. 

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Saint-Martin-d'Hères. J'ai traversé une partie de la ville à pied, appareil photo à la main. Elle se donne à voir sans aucune logique urbaine, de coquettes maisons jouxtent des immeubles quelconques, de nombreuses friches exhibent leur architecture éventrée à quelques mètres d'une importante zone commerciale, des espaces chargés en panneaux signalétiques qui soudain s'ouvrent sur des terrains vagues. Je voudrais fixer les recouvrements d'époque, la cohabitation sociale. Photographier la jointure. Il fait très chaud, je fais une  pause à la Maison de la poésie. Nous aimerions bâtir ensemble une résidence d'auteur qui associerait mon travail photo avec des ateliers écriture. Je ne sais pas grand chose encore du passé industriel de la ville. On m'a parlé de la Biscuiterie Brun qui a fermé en 90, le couvent des Minimes qui a subi un incendie en 2007, la présence forte des immigrés portugais, espagnols et algériens, le campus universitaire. J'ai choisi un format 16/9 que je ne peux pas afficher ici, l'interface de mon site ne connaît que le carré. Avec ce format, j'espère garder le ciel à distance, il s'impose trop souvent dans mes photos à mon goût. 

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C'est l'été. Ce qui est peut donc avoir été. Période estivale plus que saison, l'été impose son rythme. On ne peut y échapper ou difficilement. Si soi-même, l'on ne se met pas en vacances, ce sont les autres qui le sont. Il faut se tenir très loin des offices de tourisme, des terrasses de bistrot, des festivals pour continuer à garder le rythme de l'écriture. L'été, une période de contradictions où le touriste gémit si le ciel ne lui offre pas le soleil mérité et l'agriculteur se plaint du manque d'eau pour ses plantations. Les enfants oublient l'école qui n'a toujours pas réussi à être un lieu du plaisir d'apprendre, mais parfois une légère angoisse sourd en eux quand le calendrier bascule déjà de juillet à août. Certains enfants ne quitteront pas le terrain de jeu de leur quartier alors que la culture se consomme en masse dans quelques villes du Sud de la France. Ailleurs, on ventile les vieux comme si ce n'était pas de solitude qu'ils crèvent. C'est l'été. Dans chaque village des manifestations, des animations, des excursions et des visites car l'ennemi de l'estivant, c'est l'ennui. Et pendant que des hordes de camping-cars se regroupent car leur désir d'aventure s'arrête aux portes de la nuit, les guerres se poursuivent et on lit les résumés au bord d'une piscine ou au sommet d'une montagne. Même la littérature se doit d'être facile à lire. L'été a quelque chose de décevant. Trop d'attente, certainement. Alors je relis l’Été 80 de Marguerite Duras : Qu'est-ce que c'est  encore que cette idée, l'été ? Où est-il tandis qu'il tarde ? Qu'était-il tandis qu'il était là ? De quelle couleur, de quelle chaleur, de quelle illusion, de quel faux-semblant était-il ? 

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Couv. Fabienne Charenton 2583 C 2

La vie d'un texte nous échappe le plus souvent et c'est tant mieux. Quand j'ai écrit ce texte sur un avortement, j'avais des raisons personnelles, mais il me semblait surtout que le sujet était encore tabou. Avant qu'il ne soit publié à la Passe du Vent, je l'ai souvent lu en public. Il a été mis en scène par Eloi Recoing (avec le soutien essentiel de Donatella Saunier de l'Hippocampe) et le poète Michaël Glück en a fait récemment une lecture à Rodez, à mon grand plaisir et aussi à mon grand étonnement. Ce texte me fait prendre conscience qu'il y existe un lourd silence sur le vécu des hommes, pourtant à chaque avortement un homme est concerné. Certains m'ont fait des confidences après les lectures : hommes exclus de la démarche, hommes désemparés, hommes indifférents, hommes qui ont, dans tous les cas, quelque chose à dire, à partager. Je découvre les hommes de la rive  "Je dis rien / Je sais / Je sais / J'attends / J'attends la question"

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Transports en commun, assemblage de mots qui devrait nous transporter plus loin que nos petits déplacements quotidiens. TCL, Transports en Commun Lyonnais où l'on peut entendre une voix polie mais ferme imposer plusieurs fois par jour : Mesdames et Messieurs, pour votre tranquillité, merci de ne pas encourager la mendicité. La voix nous parle comme à des enfants, à des irresponsables puisque nous entretenons la paresse des  mendiants. Ces gens de si peu qu'ils viennent quémander pour se nourrir, nourrir leurs enfants et qui ont l'audace de s'acheter, pour certains, cigarettes et alcools avec notre obole. Et contre cet immonde peuple de cafards, de profiteurs les TCL ont une solution imparable : arrêtons de donner aux pauvres et ils arrêteront de mendier, et si plus personne ne mendie c'est que la pauvreté aura été éradiquée. CQFD ! Alors, nous braves gens, honnêtes travailleurs, nous pourrons voyager tranquilles. Le cerveau disponible pour les messages publicitaires qui nous disent combien il est bon d'acheter, de dépenser et de se soumettre au diktat du commerce. Et quand il n'y aura plus de pauvres pour nous emmerder, nous pourrons apprécier tous les efforts fournis par les TCL pour garantir notre sécurité : policiers, agents de sécurité, contrôleurs, vigiles, militaires par paquet de six, etc. Malheur à moi, femme crédule, qui ose penser que celui qui mendie est animé par la nécessité. Je suis condamnée à vivre mes transports en commun dans l'intranquillité. Et bien je le dis haut et fort, l'intranquillité me sied, car elle me rend vigilante. Fiévreuse et parfois exigeante. Elle me rend indisponible à la propagande et me permet de penser plus loin que les seuls panneaux publicitaires. 
"Je suppose que la plupart des gens, croisés au hasard des rues, emportent eux aussi - je le remarque au mouvement muet des lèvres, à l'indécision vague des yeux, ou aux prières qu'ils élèvent bien haut, avec un bel ensemble - un même élan vers cette guerre inutile d'une armée sans bannières. Et eux tous - je me retourne pour contempler leur dos de pauvres gens, leur dos de vaincus -, tous doivent connaître, comme moi, la grande, la sordide défaite, perdue dans la boue et les roseaux, mais sans la poésie des étangs, sans clair de lune pour en baigner les rives - une défaite minable et boutiquière. Ils ont tous, comme moi, une âme exaltée et triste " Fernando Pessoa - Le livre de l'intranquillité.  

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