[le site de Fabienne Swiatly ]

Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

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Sur le balcon de mon studio, je  bois un rosé frais - j’ai enfin acheté un frigo. Je regarde dehors pour ne pas rester dedans. J’ai appris la mort de François, un participant de mon atelier d’écriture à Saint-Claude. François qui s’étonnait que l’on trouve intéressant ses textes. Heureux d’écrire avec des San-Claudiens qu’il ne côtoyait pas forcément. François dont je ne sais pas grand-chose si ce n’est son histoire difficile avec l’alcool, son intérêt pour la poésie et l’existence d’un fils. Un fils dont je ne sais rien non plus si ce n’est sa présence dans les textes de l’atelier. François dont le cœur s’est arrêté à 44 ans.
Sur mon balcon, je convoque les souvenirs. Sa voix hésitante quand il lisait, son regard qui avait du mal à quitter l’en bas, son rire presque gêné quand il racontait une blague. Et le voilà mort.
Un extrait de texte que je retrouve dans mes archives : Bon, je traverse ce grand pont impressionnant. Cette traversée a été agréable finalement. Sami, mon chien, ne connaît pas le vertige, il se moque de moi. Je le regarde en deux fois. Je crois qu’il me sourit.

François a passé le pont. Sur mon balcon je pense à lui, les yeux dans le vague quand un sac plastique arrête mon regard. Le vent qui soudain le soulève et débute alors une chorégraphie émouvante devant mes yeux. Du surplace, des envolées… Ce sac semble vouloir s’amuser avec le vent. Puis il retourne au sol, j’ai le temps de prendre mon appareil photo et de saisir la danse d’un sac plastique sur lequel est imprimé Doner kebab. Les Kebab de Saint-Claude qui jalonnent mon texte en chantier. Puis le sac plastique quitte le cadre de la photo s’éloigne derrière les immeubles. Ceux qui meurt nous ramène au bonheur de vivre. Il s’appelait François Bailly-Maitre, son fils se prénomme Niels. @mercredi22juillet2009

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Et je vous propose le lien vers le site de Remue.net où j'évoque l'exposition de Claire Terral : Les listes. Un travail qui allie le plaisir de la liste, la douceur de l'arrondi tout en diffusant une étrange sensation d'absence. Pour en savoir lus cliquez ici.

 

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Depuis quelques jours je travaille à un texte pour un ami sculpteur. Texte qui doit accompagner  des photos de sculptures érotiques.
Travail d’écriture où je butte sur l’hégémonie du mot corps. Difficulté à trouver d’autres mots pour désigner cette partie matérielle de l'être animé, dixit le dictionnaire Robert.
Le lexique anatomique m’offre un éventail infini de mots pour désigner le moindre muscle, le moindre os, la moindre subtilité de notre enveloppe charnelle : buste, bassin, ventre, bras, jambes… Mais quasi rien pour décrire le tout. Ce tout qui nous  tient. Seulement ce mot si bref et polyvalent : corps.
Pourtant tout se déroule à l’intérieur : notre vie organique, psychologique, sexuelle,  y loge  même notre âme, ou vie, ou souffle, ou esprit... le mot âme, lui,  a de nombreux synonymes qui informent sur les  convictions du narrateur. Mais ce sac de peau qui nous contient ne connait que lui. Et si encore, il tenait à nous ce mot, je pourrais me sentir moins démunie mais il se vend à bien d’autres nécessités : corps médical, corps de lettre, corps de ferme, corps du délit, corps étranger, corps électoral, corps diplomatique, corps de ballet...
Comment faire exister la richesse érotique dans mon texte avec ce seul mot ? Je ne peux les détacher de la pensée, les séparer de la chair, les éloigner de leur ça, les évider de leur désir. L’adjectif et la métaphore sont des alliés peu fiables surtout avec l'érotisme
J'ai beau questionner mon Thésaurus, il me donne seulement à comprendre que je ferais mieux de parler de corps morts plutôt que de corps vivants. Le cadavre, lui, a de nombreuses variantes : défunt, disparu, macchabée, dépouille, carcasse, charogne, ange ou encore démon.
Mais qui aimerait faire une sculpture de corps définitivement morts. Des moribonds peut-être, mais des corps morts ? @lundi13juillet2009

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Associations d’idées

Une plainte d’amour. Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l’Autre. Chercher ce qui est perdu, la proximité. Ne savoir que faire pour se plaire. Courir vers les murs, s’y jeter, s’y heurter. S’effondrer et se relever. Reproduire ce qu’on a vu. S’en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Être dépris. S’enlacer. He is gone. Avec les yeux fermés. Aller l’un vers l’autre. Se sentir. Danser. Vouloir blesser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l’espace. Aimer.

Café Müller – Pina Bausch in Histoires de théâtre dansé par Raimund Hoghe – ed. L’Arche

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C’est un vendredi de juin. Juin 2009. Je sors d’une réunion de travail pour sélectionner les lauréats d'un concours de nouvelles (Quelles nouvelles ?). La discussion était intéressante. Le concours accepte de primer des  textes qui ne font pas consensus (quel mot difficile à écrire en toute simplicité). La journée est belle, dans une heure, je prends un train pour  Chambéry. Randonnée dans le massif de Belledonne prévue pour le week-end.  La vie est légère. C’est l’été. Pleinement l’été. Oui Michaël Jackson est mort, oui Frédérick Mitterand est ministre de la Culture, oui à Calais des hommes sont arrivés dans l’entonnoir du mythe européen et ils en crèvent comme des chiens. Oui. Mais ce serait mentir de dire que je ne parviens pas être heureuse ce jour-là. Vivante en tout cas.
Et,
Mais,
A l’arrêt de bus où je patiente, trois hommes en tenue Sécurité TCL, Transport en commun de Lyon, encadrent une femme. La trentaine. Trois autres personnes s’y ajoutent, celles-là en tenue Police Municipale, puis viennent se joindre à elles trois Policiers, voiture qui se gare avec arrogance en contre sens. Coup de volant viril. Ils portent des armes. Neuf uniformes assermentés. Neuf personnes dont certaines armées, encadrent un 27 juin 2009 vers 15h une femme d’une trentaine d’années, non armée, en tenue estivale.
C’est ce que je vois.
J’interroge un TCL : elle doit être dangereuse ? Lui avec du dépit dans la voix : elle a de nombreux PV non payés à son actif. Je m’étonne du dispositif. Il répond, oui, je sais mais on doit prévenir la police. On est obligé.
Donc, pour notre sécurité (discours officiel), il faut neuf personnes dont certaines armées pour neutraliser une femme d’une trentaine d’années qui ne paient pas ses PV. Sa dangerosité est telle qu’il faut mobiliser neuf personnes pour faire cesser ses agissements mafieux. Une délinquante de haut niveau interceptée à un arrêt de bus. Parce que les grands bandits, les grands arnaqueurs, les profiteurs du Cac 40, des délocalisations, des placements véreux, des abus de pouvoirs, des je tape dans la caisse… prennent, bien entendu, les transports en commun… Alors neuf personnes, c'est bien le minimum.
En tout cas, c'est un flagrant délit. Et ça c’est bon à prendre, un flagrant délit. Bon pour les statistiques du Ministre de l'intérieur.
J'ai peur, mais pas de cette femme. Non vraiment pas.

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Depuis quelques mois, mes doigts sont en état de sécheresse extrême. Ils s'échauffent, se gonflent, rougissent... Au marché de la poésie, je ne parvenais plus à feuilleter un seul livre au risque d'y laisser une trace saignante et disgracieuse. J'ai fini par consulter un médecin qui  a diagnostiqué une allergie au papier. C'est malin ! Je vois déjà François Bon ricaner et me refourguer sa liseuse de l'an passé : l'électronique ma vieille ! L'électronique ! Ayant quelques livres papiers à finir (bien une vingtaine de retard), je suis obligée d'enfiler des gants de coton. Mettre une distance entre moi et les causes de mon allergie. Littérature à pendre avec des gants. Ce n'est pas pratique mais cela donne un genre. Par contre, le pad de mon ordinateur est totalement insensible au charme des gants de coton, et il me faut les retirer pour m'en servir. Déjà qu'il y avait les lunettes... 

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Samedi, Nuit Remue à l’Espace Cerise. Je lis pour la première fois Ligne de partage des os. L’aspect technique de ma lecture - j’ai rajouté une bande son réalisée par Laurence Cernon que je dois gérer  moi-même en direct (pas de régisseur) - m’inquiète un peu. Et aussi lire ce texte pour la première fois. Poésie sur l’avortement, je n’y vais pas avec le dos de la cuillère, ni le creux des émotions. Je suis contente d’être programmée en début de soirée. Plus disponible ensuite pour écouter les autres.
A la fin de ma lecture, j'écoute les commentaires de ceux qui ont aimé. Mais je voudrais surtout connaître l’avis de ceux qui se taisent. Pas facile de s’approcher et demander. Envie de savoir et de ne pas savoir. Mais la technique a bien fonctionné, c’est déjà ça.
Puis j’écoute avec fascination (ce n’est pas le bon mot, mais émotion m’encombre trop). En tout cas j’ai écouté de tout mon corps, de tous mes nerfs la lecture de Claude Favre, accompagnée par le guitariste Yann Féry. Elle donne son texte, sa voix et son corps sans filet. Elle lit comme l’on marche sur une crête de montagne lorsqu’on est pris de vertige : ne pas s’arrêter, regarder droit devant, avancer pour ne pas tomber, rester concentré sur la marche.
Ses textes vont chercher la phrase à la limite d’un cri rentré. Dire jusqu’à l’hésitation de l’écriture car un mot ne peut contenir le monde à lui tout seul, il faut le frotter à d’autres mots. Et cette intonation qui m’intrigue que je ne sais pas nommer, et c’est Laurent Grisel qui s'adressant à elle, me donnera un début de réponse : les consonnes. C’est bon d’entendre des consonnes.
Oui il y a ce travail et cette diction qui met en avant les consonnes, qui n’étire pas la voyelle. La phrase qui vient s’appuyer sur le plus bref de la langue et des sons. Et Claude de sourire aux propos de Laurent : enfin quelqu’un qui me parle de grammaire… D’autres lectures après.  D’autres bons moments dans la soirée que l’on pourra bientôt entendre sur Remue.net, mais cet instant-là, le plus fort pour moi. Espérer que Claude pourra être entendue ailleurs. Souvent.
Puis le lendemain, la croisant sur le marché de la Poésie, elle évoque des lectures à venir, des textes publiés. Propositions qu'elle semble accepter sans crainte car c’est une méfiante. Alors je guetterai dans ces mails et  préviendrai. En attendant à lire sur Remue.net ici.

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Hier à la Scène poétique de Lyon, Armand Dupuy  lit Pollock, un texte en corps à corps avec le peintre disparu. Puis Fred Griot et Yann Féry à la guitare. Une langue qui se parl comme l'écrit et dit Fred. Et c'était un bon moment. De les entendre, l'envie de me mettre au boulot. D'aller creuser ma propre fouille. D'accepter qu'à un certain moment l'écriture semble dessiner inlassablement le même sillon sans que cela avance. Et pourtant cela avance. 

Et je travaille avec Laurence Cernon, une mise en voix et chant de mon texte La ligne de partage des os. Retrouver le plaisir du son comme à l'époque de la radio où je dealais du sable avec des amies. C'était le titre de notre émission Les dealers de sable. L'époque de la radio libre, du créatif, de l'inventif, du n'importe quoi.  Le son parvenait essentiellement de la radio. Pas encore compressé. Parfois gratouillant, vynils si fragiles - ou l'étirement d'une bande magnétique fun peu atiguée. Sur les ondes se mélangeaient les voix rockeuses, libertaires, hardeuses, moralistes, politisées, féministes... Les voix plurielles. Puis le commerce a repris ses droits. Beaucoup de voix se sont tues. J'en redécouvre en des lieux dits de la poésie. Venez en entendre ce samedi rue Montorgueil à Paris. J'en serai. 

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