[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

DSC07787

Bédarieux - Nouvelle résidence d'auteur jusqu'en janvier. Premier atelier avec une classe Bac pro arts graphiques. Treize élèves au look très affirmé, j'aime bien. Installation au Campotel, un ensemble de cabanons-gîtes. Je suis seule et entourée. Ce samedi, c'était week-end d'intégration d'une école de sages-femmes (et quelques hommes). Bientôt arrivera un groupe de mycologues. Le lieu accueille aussi des lycéens sans logis qui dormaient dans leur voiture. Les cabanons sont un peu austères mais j'ai un grand parc pour retrouver la lumière et la chaleur. Je découvre la ville qui se précise. Sur la carte, c'était Bédarieux vers Béziers. Ici j'apprends le Causse, l'occitan, le nom des rivières : l'Orb et le Vèbre. La mer n'est pas loin mais personne n'en parle. Il est vrai que les plages que j'ai vues ne sont pas extraordinaires. S'installer en résidence, c'est vérifier la connexion internet, brancher l'imprimante, ranger quelques livres et photos sur l'unique étagère, constater les oublis.
Puis se mettre au boulot. Comme j'aurai une fenêtre radiophonique sur la radio locale, j'ai décidé de tenir un journal de bord de ma résidence : L'OBSTINATION DES PIERRES. J'ai trouvé le titre en me baladant sur le Causse alors que j'étais cernée par le soleil et les murs de pierres sèches.
La photo avec le cadre est un essai du travail photographique que je vais mener dans les ateliers. Prendre tous les participants en photo avec le cadre - j'ai le trac. Première fois que j'intègre ainsi la photo dans mes ateliers. Ne pas me laisser déborder.
Les sages femmes ont quitté le Camp, retour du calme. Aller voir la mer, tout de même, cet après-midi après l'écriture. 

lien permanent

P1000821

Fureur de lire  - Genève, la ville où je me sens bien même si l'architecture contemporaine a effacé le visage de la ville, mais la présence du Rhône. Il fait beau ce jour-là, je délaisse la Maison Communale de Plain Palais pour me rendre au cimetière des Rois. Le cimetière des grands hommes comme disent les Genevois. C'est un joli lieu où les tombes se partagent une douce pelouse sur laquelle on peut s'assoir, pique-niquer, profiter de la présence des morts. Aujourd'hui je viens rendre une visite à Grisélidis Réal. Je trouve assez vite sa petite tombe derrière la stèle majestueuse de Borges. Et je reste un bon moment devant sa plaque qui raconte jusqu'au bout l'incroyable vie de l'écrivaine qui est parvenue à se faire enterrer parmi les grands hommes. Celle qui fit scandale parmi les biens pensants de la ville, même après sa mort. Et c'est debout, bien droite que je me tiens devant les mots gravés : écrivain, peintre, prostituée. Je me sens joyeuse d'une si belle insistance à assumer sa vie. Et je me dis que la journée est belle. Que la journée est grande. Fureur de vivre à Genève. @misàjourvendredi2octobre2009-lire aussi les ateliers d'écriture ici

lien permanent

P1000788

Signaler d'abord la fin du site historique Zazieweb et je vous invite à lire le texte d'Isabelle Aveline qui en dit long (et bien) sur l'audace nos institutions culturelles. Colère et tristesse en moi mêlées. Lire ici.
Répétition de ma lecture Résider en (Ville) qui aura lieu à la Maison du peuple le samedi 17 octobre à Saint-Claude. Frédéric Folmer et Claude Jordan créent la musique et le sonore (trouve pas d'autre mot) de cette lecture, ce sont deux musiciens professionnels et c'est très agréable de travailler avec des pros. Quoique impressionnée,  je me sens à l'aise pour lire. Cadrée. Nous avançons bien. Sérieusement - même si je ne peux m'empêcher de raconter deux ou trois bêtises, inévitables lorsqu'on doit se concentrer longtemps. J'aime lire à voix haute et c'est la première fois que j'écris un texte uniquement pour une lecture (environ 1h20 de spectacle). On aborde la page, les mots, la construction différemment. J'ai toujours aimé la lecture à voix haute que j'ai pratiquée pendant plusieurs années à la radio et en salle avec le groupe Abus de langage.
Et j'aime passer ainsi, dans une journée de l'écriture de mon roman (lecture à voix basse) à celle d'un texte poétique (lecture à voix haute). De toute façon, je travaille de manière mosaïque. Je ne sais pas faire autrement. Une heure sur un texte, une heure sur l'administratif, une heure pour la vie de famille, retour au texte. Deux heures est mon temps de concentration maximum, il me semble. J'ai appris à apprivoiser ce tempérament. J'ai pu mener ainsi de front ma vie de femme, de mère, d'écrivain et élever plus ou moins sérieusement quatre filles et un chat. Quand je lis Simone de Beauvoir, j'envie sa capacité de travail. Des heures entières à lire, écrire, la tête penchée sur ses feuilles. Bien sûr, elle n'avait pas de filles et de chat. Comment la vie de famille interfère-t-elle dans notre travail de création est une question que j'aimerais développer. En tout cas, je n'ai jamais voulu poser la création et l'enfantement comme une dualité. J'ai eu des enfants et j'écris des livres. C'est possible.@misàjourle19septembre2009 - écouter aussi ma tentative sonore ici dont je viens de découvrir que la lecture est prohibée à partir de la Médiathèque où je suis connectée, le titre contient le mot Obscène. Bien entendu j'ai accès à tous les potins concernant Secret Stories ou les derniers caprices de la dénommée Jennifer.

lien permanent

P1000102 2

J’ai des énervements. De ceux qui vous saississent avant même d'y penser en profondeur. C'est tout de suite  là. Le ventre se serre, les lèvres se pincent et quelque chose démange les doigts.  Un  agacement ressenti à la lecture de Libération. Le journal organise un grand forum les 18 et 19 septembre sur le thème : 20 ans arprès la chute du mur ( de Berlin, je précise pour ceux qui auraient échappé à l'événement et à sa commémoration). Des thèmes aussi divers que le Zapping aura-t-il la peau de la civilisation ? Que reste-t-il des idéologies ? Comment gouverner à 27 ? La culture européenne nous réunit-elle ?... seront abordés. Sont invités à s’exprimer chercheurs, politiciens, écrivains sociologues, journalistes, êveques… Une grande diversité de penseurs, acteurs, édiles., militants associatifs.  Seule diversité à ne pas être représentée, celle des sexes. Au total 12 femmes pour 116 hommes. Malgré la diversité des corps de métier sollicité, seules 12 femmes auront la voix. C’est à dire 10 % des intervenants à un chouias près. C’est dire combien certains murs résistent mieux que d’autres. Et je m'en étonne (sauf bien sûr, avec l’église catholique qui depuis longtemps affiche une mysoginie assumée et peu contredite par ses ouailles. Relisant le journal, je constate d'ailleurs qu’il y a beaucoup plus d’articles signés par des hommes que des femmes. Je sais que mon propos va en agacer plus d'un, plus d'une. Pourtant, je crois important de signaler ce qui vient conforter mon inquiétude devant le recul des acquis pour les femmes - qui souvent est accompagné d'un recul des acquis pour les autres minorités (par minorité, je n'entends pas le nombre mais le fait d'avoir un accès réduit aux prises de décision). Déficit de médecins pratiquant l'avortement (les militants de la cause partent tous à la retraite), difficulté à garder son nom de famille après  le mariage, représentativité faible dans les instances politiques, femmes voilées sans visages, remise en question du planning familial,... A vrai dire je ne suis pas énervée, mais sérieusement en colère. Et j’espère, vraiment, que c’est un énervement qui peut se partager au masculin.

lien permanent

P1000448

La vieille dame me reconnait mais ne sait plus exactement pourquoi je suis là. Elle tremble et remâche inlassablement le présent. Et le présent n'est rien s'il est détaché du passé, s'il ne parvient plus à désirer l'avenir. Avec la vieille dame, il est un enfer de l'instant. L'instant qui dit et redit l'angoisse. Je viens souvent la voir. Je lui parle, la fais parler et parfois je dois lutter contre l'endormissement. Elle se souvient qu'elle va en maison de retraite mardi et me demande toutes les dix minutes : et tout ça ? désignant les objets et les meublent qui garnissent son salon. Et je ne sais pas quoi répondre. Tout ça est accumulation qui nous donne l'impression d'être éternel. Tout ça.  Pour avoir souvent déménagé ces trois dernières années, pour avoir aidé la vieille dame à vider une maison de famille, pour avoir trié les affaires des disparus, je sais combien certaines choses deviennent poussière, vieillerie, illusion... une fois sorties de leur contexte. Les objets n'existent qu'à travers notre regard. Sinon les objets s'en foutent. Je ne sais pas quoi dire à la vieille dame. Je sais le partage de l'héritage à venir, mais il ne me concerne pas. Elle me donne une photo de son mari décédé avec dans ses bras une de mes filles. Je l'ai toujours vu cette photo sur le mur du bureau mais je la regarde pour la première fois. De la poussière sur mon propre passé. Puis je quitte un moment l'appartement et vais saluer la voisine de palier chez qui je m'attarde une demi-heure. Quand je reviens, la vieille dame est paniquée. Elle attrape ma main, elle dit mon prénom avec force. Elle dit : calme-moi, calme-moi. Je prends ses mains, ses bras. Elles ferment les yeux, sa tête tombe et je pense qu'elle va mourir. Je me dis que c'est aussi bien. Je voudrais qu'elle meure pour que le drame s'arrête. Je me sens capable de recevoir sa mort. C'est calme entre nous. Mais les yeux s'ouvrent  à nouveau et la litanie des questions reprend : et tout ça ? et tout ça ? Je serre ses mains. Je lui caresse les bras. Je me force. Cette intimité est gênante avant sa maladie, une grande distance physique. Seulement une bise avec les lèvres qui ne touchent pas la joue. Alors je me force et je pense à la vieille dame que je serai un jour et à qui voudra encore me caresser la peau.@16juillet2009  Mise à jour d'obsession usine ici 

 

lien permanent

IMGP0314

Une semaine sans internet cela fait du bien. Même si au retour, un peu d'impatience à lire mes messages et la même petite déception qu'à l'ouverture de la boite aux lettres. Rien de  bien intéressant ou si peu. D'ailleurs soi-même, on a peu écrit aux autres. Une semaine loin de ce qui fait le quotidien, à photographier. A me mesurer à la technique qui pèse pas mal de pages dans les modes d'emploi. Livrets qui vous parlent comme à un technicien et non pas à un être sensible. Du coup j'ai du mal à progresser mais je m'y attèle. Je travaille à un projet difficile à résumer mais qui se traduira par un journal écrit et une série de photos de nu (nue) avec comme entrées : lieu du crime, flagrant délit et autopsie. Des corps nus et crus. Je me donne une année pour le mener à bien et le donner ensuite à lire et à voir. L'usage de la photo d'Annie Ernaux et Marc Marie,  livre qui m'avait mis mal l'aise à la première lecture et que j'ai mieux compris presque un an plus tard, a été le déclencheur de ce travail que nous menons à deux. En attendant je photographie, me fait photographier et aussi je trie et je jette. Avec le numérique il faut savoir faire le deuil de certaines photos. Sinon on est débordé par le nombre. On se satisfait d'un résultat obtenu parfois par hasard, alors qu'il faut obtenir ce que l'on attend précisément. Il faut rester maître du sujet. Pas toujours facile. En tout cas ce travail me plaît beaucoup. Il m'amène à lire, relire les journaux et correspondance de peintres et photographes. Et à relire aussi l'imbuvable mode d'emploi de mon Sony. En me méfiant d'un vocabulaire qui s'inspire de l'argentique mais ne propose pas la même sensibilité. Parfois, comme tous les autodidactes, je rêve de tout reprendre à zéro. Un CAP photo par exemple. En d'autres temps, j'ai passé une équivalence de bac qui ne m'a servi à rien et rêvé d'études de lettres, de science du langage, histoire de l'art, etc. Apprendre avec d'autres. 

lien permanent

P1000193

Pour les lectures publiques de mon texte Ligne de partage des os, j'ai demandé à Laurence Cernon (la voix des Mad'leine Jack) et animatrice pendant plusieurs années de l'Orchestre des lecteurs, d'apporter une deuxième voix. Un ailleurs,  pour ce texte très lourd si on l'ancre uniquement dans le présent de l'événement : un avortement. Je voulais, par le biais d'une autre voix, plus chantée - garder un pied dans le vivant. Rappeler l'avant, l'après et l'en dehors. Depuis on se retrouve de temps à autre pour répéter, improviser, pour trouver le juste équilibre qui nous fait rester dans une lecture et non pas un spectacle. Garder l'idée de Tentatives Sonores. Patrick Dubost de la Scène poétique de Lyon, nous offre une occasion de rendre publique ce travail. Ce sera le mercredi 16 décembre à 18h30, médiathèque de la Part-Dieu à Lyon. J'ai un joli trac et Laurence aussi. @lundi27juillet2009

lien permanent

DSC07191

Sur le balcon de mon studio, je  bois un rosé frais - j’ai enfin acheté un frigo. Je regarde dehors pour ne pas rester dedans. J’ai appris la mort de François, un participant de mon atelier d’écriture à Saint-Claude. François qui s’étonnait que l’on trouve intéressant ses textes. Heureux d’écrire avec des San-Claudiens qu’il ne côtoyait pas forcément. François dont je ne sais pas grand-chose si ce n’est son histoire difficile avec l’alcool, son intérêt pour la poésie et l’existence d’un fils. Un fils dont je ne sais rien non plus si ce n’est sa présence dans les textes de l’atelier. François dont le cœur s’est arrêté à 44 ans.
Sur mon balcon, je convoque les souvenirs. Sa voix hésitante quand il lisait, son regard qui avait du mal à quitter l’en bas, son rire presque gêné quand il racontait une blague. Et le voilà mort.
Un extrait de texte que je retrouve dans mes archives : Bon, je traverse ce grand pont impressionnant. Cette traversée a été agréable finalement. Sami, mon chien, ne connaît pas le vertige, il se moque de moi. Je le regarde en deux fois. Je crois qu’il me sourit.

François a passé le pont. Sur mon balcon je pense à lui, les yeux dans le vague quand un sac plastique arrête mon regard. Le vent qui soudain le soulève et débute alors une chorégraphie émouvante devant mes yeux. Du surplace, des envolées… Ce sac semble vouloir s’amuser avec le vent. Puis il retourne au sol, j’ai le temps de prendre mon appareil photo et de saisir la danse d’un sac plastique sur lequel est imprimé Doner kebab. Les Kebab de Saint-Claude qui jalonnent mon texte en chantier. Puis le sac plastique quitte le cadre de la photo s’éloigne derrière les immeubles. Ceux qui meurt nous ramène au bonheur de vivre. Il s’appelait François Bailly-Maitre, son fils se prénomme Niels. @mercredi22juillet2009

lien permanent

DSC07196

lien permanent

DSC07199

lien permanent

DSC07202

 

Et je vous propose le lien vers le site de Remue.net où j'évoque l'exposition de Claire Terral : Les listes. Un travail qui allie le plaisir de la liste, la douceur de l'arrondi tout en diffusant une étrange sensation d'absence. Pour en savoir lus cliquez ici.

 

lien permanent

DSC05501

Depuis quelques jours je travaille à un texte pour un ami sculpteur. Texte qui doit accompagner  des photos de sculptures érotiques.
Travail d’écriture où je butte sur l’hégémonie du mot corps. Difficulté à trouver d’autres mots pour désigner cette partie matérielle de l'être animé, dixit le dictionnaire Robert.
Le lexique anatomique m’offre un éventail infini de mots pour désigner le moindre muscle, le moindre os, la moindre subtilité de notre enveloppe charnelle : buste, bassin, ventre, bras, jambes… Mais quasi rien pour décrire le tout. Ce tout qui nous  tient. Seulement ce mot si bref et polyvalent : corps.
Pourtant tout se déroule à l’intérieur : notre vie organique, psychologique, sexuelle,  y loge  même notre âme, ou vie, ou souffle, ou esprit... le mot âme, lui,  a de nombreux synonymes qui informent sur les  convictions du narrateur. Mais ce sac de peau qui nous contient ne connait que lui. Et si encore, il tenait à nous ce mot, je pourrais me sentir moins démunie mais il se vend à bien d’autres nécessités : corps médical, corps de lettre, corps de ferme, corps du délit, corps étranger, corps électoral, corps diplomatique, corps de ballet...
Comment faire exister la richesse érotique dans mon texte avec ce seul mot ? Je ne peux les détacher de la pensée, les séparer de la chair, les éloigner de leur ça, les évider de leur désir. L’adjectif et la métaphore sont des alliés peu fiables surtout avec l'érotisme
J'ai beau questionner mon Thésaurus, il me donne seulement à comprendre que je ferais mieux de parler de corps morts plutôt que de corps vivants. Le cadavre, lui, a de nombreuses variantes : défunt, disparu, macchabée, dépouille, carcasse, charogne, ange ou encore démon.
Mais qui aimerait faire une sculpture de corps définitivement morts. Des moribonds peut-être, mais des corps morts ? @lundi13juillet2009

lien permanent

DSC06846

 
Associations d’idées

Une plainte d’amour. Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l’Autre. Chercher ce qui est perdu, la proximité. Ne savoir que faire pour se plaire. Courir vers les murs, s’y jeter, s’y heurter. S’effondrer et se relever. Reproduire ce qu’on a vu. S’en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Être dépris. S’enlacer. He is gone. Avec les yeux fermés. Aller l’un vers l’autre. Se sentir. Danser. Vouloir blesser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l’espace. Aimer.

Café Müller – Pina Bausch in Histoires de théâtre dansé par Raimund Hoghe – ed. L’Arche

lien permanent

pages 1 <- 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 (18) 19 20 21 22 23
nombre de pages visitées: 1 | nombre de requêtes 12