[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est l'ecchymose, douleur qui s'efface.

Sans titre

Mes ateliers sont de plus en plus souvent des rendez-vous donnés à un groupe pendant mes résidences. Des lieux qui hébergent, éduquent, soignent et parfois enferment. A chaque fois la surprise d'une rencontre plus singulière qu'une autre.  Je viens, je lis des textes les miens, ceux des autres. Je propose un temps d'écriture. Elles, ils écrivent ou pas, lisent ou pas, rarement se désintéressent. C'est aussi simple et complexe que cela. Je fabrique chaque jour un petit journal de bord que j'affiche dans un lieu de passage où je mêle mes textes, leurs textes, mes photos. Dire ce que je fabrique dans le lieu. Pendant les ateliers, je montre, de plus en plus souvent, mes carnets parce qu'ils illustrent bien comment l'écriture se cherche, se perd et s'éloigne de l'écran et de la page blanche. La nécessité du brouillon.  A l'IME Le Barioz sur les pentes de Belledonne, j'ai passé cinq jours avec les jeunes de 10 à 18 ans dans le cadre de mon compagnonnage avec Scènes Obliques. Chaque jour, j'ai rencontré l'une ou l'autre classe. Un matin, ouvrant une page de mon carnet d'écriture d'Annette, avec des photos de prises de courant abimées, ce commentaire m'a échappé : J'ai l'impression d'être un peu dingue parfois. Amine a malgré son problème d'élocution rétorqué de suite : Faut bien poser sa tête quelque part. J'ai trouvé que c'était une formidable définition de la littérature ou plutôt de mon rapport à la littérature : poser sa tête quelque part. 

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belley I

Dernière année en CAP électricité. Douze garçons entre 16 et 18 ans dans une petit commune de l'Ain. Lui, appelons-le Mourad, étale tout son corps sur la table et la feuille pendant l'atelier. N'écrit rien ou presque. Baille ostensiblement. Deux phrases qu'il aligne sans aucune faute : La feuille de papier est un oreiller. Là-bas c'est là-bas. Il lit ensuite la phrase au reste de la classe puis son long corps se replie sur la chaise. Pas une phrase de plus. Le reste du groupe est plutôt actif, même ceux arrivés en France, il y a un an, après avoir quitté l'Albanie. Mêlant leur langue d'origine avec des phrases en français. Cinq fois deux heures d'atelier. Cela se passe bien même s'il faut les secouer un peu. Ils aiment quand je leur lis des textes. Les miens, Charles Pennequin, Xavier Durringer... A la fin du dernier atelier, je montre les photos prises le tout premier jour pendant le cours d'EPS où ils préparaient un spectacle de cirque. Sur plusieurs photos on peut voir Mourad exécuter des salto avant et arrière. Je ne les connaissais pas encore alors j'avais oublié sa souplesse et son dynamisme dans la salle de sport. Donc ici la feuille de papier est un oreiller et là-bas c'est le lieu du mouvement. Je suis contente de l'avoir pris en photos. Il se regarde puis se redresse sur la chaise. 

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Classe de seconde dans un lycée généraliste de l'Ain. Cinq séances pour faire écrire une nouvelle, exercice très difficile mais j'ai dit oui. Pour des raisons financières et j'ai déjà tenté l'expérience plusieurs fois, j'ai une technique qui marche assez bien. Elle, je la repère de suite : des yeux qui m'évitent, les épaules rentrées et presque, elle me tourne le dos. La première proposition est une manière de se présenter. Elle n'écrit pas : Je n'ai rien à dire, c'est trop dur. Et j'ai cette réponse qui m'échappe : C'est parce que tout peut être dit que c'est dur. Pour la deuxième séance, je propose de décrire un lieu et une ambiance. Je l'aide, elle accepte et se débrouille plutôt bien avec les bruits et l'agitation d'une fête foraine. Elle me sourit. L'enseignante a voulu me raconter : son refus de l'école, la famille ... mais je n'ai pas voulu savoir. Je n'ai pas à savoir. A notre grand étonnement, elle lit un extrait de son texte à toute la classe. C'est peu. C'est beaucoup. Je suis certaine que la lecture du début de King Kong théorie écrit par Virginie Despentes y est pour quelque chose. Destin de femmes est le thème choisi pour l'ensemble des nouvelles. 

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Atelier à la prison de Corbas avec le photographe Benoit de Carpentier. Six jours en juillet. Parution du porte-folio fin septembre :

Vole au-dessus du béton. Nuages de bruits. Tête fatiguée / Garde le silence. Tu as longuement parlé / S'acquitter, mais de quoi ? J'ai changé mon stylo d'épaule /  Ils sondent. Bruits de pas dans le couloir. Ils rôdent / Respire je me suis dis. Respire /  Dépêche-toi de vivre. Aujourd'hui je voudrais être demain // Ce projet a été initié par l'association Stimultania. 

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Écoute le silence troué de tranquillité / Juste le son des mouches et le regard des mouettes.

Entends juste les voiles du passé, et les vagues trembler / Juste le monde sans personne

Juste le vent qui traverse la ville. 

Les feuilles sans bruit, le calme des montagnes. 

Le son n'existe plus sur ce monde. Que du silence. 

Plus bouger. Plus aucun geste. 

Le monde est en convalescence. IME La Rochette

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Le droit à l'image. Quelle image ? Quand je bosse avec des jeunes, il me faut demander un droit à l'image aux parents - qui souvent disent non ou difficilement oui. Même si  je retrouve des tonnes d'images de leurs enfants sur facebook ou ailleurs ... Mais les images que je prends moi, c'est non. Que le jeune me dise non, je l'entends, ça se discute ou pas, mais j'en prends compte. Souvent, ce sont les jeunes qui regrettent que leurs parents aient dit non. A travers mes photos, je tente de raconter un pan de la jeunesse en écriture, en questionnement, en action, ou sur pose ... loin des clichés (justement). Droit à l'image. J'ai connu des parents qui me disaient leur peur qu'un pédophile utilise l'image de leur enfant, à moi qui ne leur fais même pas enlever la casquette pour la photo ! Fantasme. J'accepte. Pas le choix, même si parfois je regarde des photos vieilles de cinq ans et je me dis que l'enfant sur la photo est devenu un adulte. Qui le reconnait lui, dans cette photo du passé ? Droit à l'image. Il me semble que tant de droits sont bafoués et pourtant c'est celui qui crispe les parents. En tout cas sur cette photo il y a Sylvain Ferlay auteur, compositeur, musicien avec qui je travaille sur de nombreux spectacles qui me fait cadeau de son image, et dans l'arrière plan une partie des photos des jeunes qui m'ont donné leur droit à l'image ou pas. 

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Ateliers d'écriture à Crest, à Tinqueux, à Voiron, à Bourg en Bresse, à Lunéville, à Lyon ... Des enfants, des adolescents, de jeunes adultes et toujours le même constat : l'un ou l'autre écrivant pour qui c'est une révélation. Une déchirure lumineuse dans une journée de grisaille. " Je ne savais pas que j'aimais écrire" - Pas tous, mais le plus souvent pour ceux qui ont du mal avec la grammaire, l'orthographe et donc, bien entendu, (mal entendu ?) avec le sens. Mais aurais-je encore l'énergie pour embarquer une vingtaine d’élèves minimum vers l'écriture, la lecture ... Chaque année, je sens, sans parvenir à vraiment nommer, que l'ambiance s'alourdit. Est-ce moi qui fatigue ou l'institution ? Comme cette jeune professeure, si enthousiaste il y a deux ans, qui n'a plus que la maladie pour échapper au trop de pression, l'autre professeur qui me dit son absence de motivation, et celui-là qui me fait entrer dans la classe et passe son temps sur son téléphone portable, pas concerné. Et les portails comme des entrées de prison, et ceux qui ont les yeux embués de devoir s'exprimer sur leur avenir. Pas même quatorze ans et ils doivent décider de leur orientation. Et celle qui aurait aimé suivre une seconde générale et me dit que sa prof d'histoire lui a dit : "Toi, tu n'es pas apte pour le lycée général. Point barre". La liste est longue, grise et peu enthousiasmante. Alors il me faut retourner aux écrits de l'atelier et à cette élève de 6ème qui intitule son texte : Touche pas à mes rêves ! L'écriture qui crie. L'écriture qui exige. Tenir bon avec ses rêves. 

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Maxime

Centre d'accueil pour jeunes autistes. Cinq jours à partager leur quotidien et celui des encadrants, du personnel d'entretien, des soignants. Écrire des textes, prendre des photos, tenir un journal de bord qui sera affiché chaque jour dans les espaces communs. Le dernier jour offrir une restitution aux jeunes, aux parents et à tout le personnel présent. Musique, lecture, chants. Beaucoup de temps forts pendant ce séjour. Des moments de douceur, de rires et aussi de cris, de violence. Des moments imprévisibles. Maxime qui semblait aimer que je le photographie. Maxime qui ne parle pas et qui peut rester des heures à regarder ... quoi exactement ? Un autre moment d'émotion, sans photo, car j'étais simplement assise dans l'herbe, sur la butte qui domine la cour, à profiter du soleil et à regarder ... Et c'est Ismaël qui est venu s'assoir à mes côtés. Un grand garçon d'une vingtaine d'années, toujours silencieux, toujours en distance. Et là, il s'approche, s'assoit, profite du soleil et regarde ...  C'est une belle présence silencieuse qui m'oblige à me taire. Les mots n'atteignent pas Ismaël, inutile d'insister. On s'en tient à nos deux corps côte à côte. Plus tard j'écrirais cette phrase sur le journal de bord : Tout à l'heure, ça revient tous les jours ? 

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Lycée privé catholique sous contrat avec l’État comme on dit. En pays des Mauges, il y a beaucoup plus d'écoles privées que d'écoles publiques. L'enseignant a préparé ma venue, me dit-il. Les élèves ont lu Gagner sa vie et il me montre une grande feuille d'exposé jaune vif (en Moselle nous appelions cela des rapports) avec collés dessus quelques photos de moi et des bouts de textes récupérés sur Internet. C'est écrit gros, souligné de nombreux traits. Stratégie de remplissage. Je pensais que cette exercice était révolu surtout en classe de seconde. C'est pauvre. C'est moche. L'enseignant m'emmène dans un amphi où une quarantaine d'élèves m'attendent. Je me présente. Je lis un extrait de texte et demande s'ils ont des questions à poser. Personne ne se manifeste. Je demande où est celui qui a préparé les questions comme l'enseignant m'en a parlé. A l'infirmerie ! Les autres n'ont pas les questions et ne peuvent donc pas me les poser. J'hésite à partir. Je suis polie. Je lis d'autres extraits.Toujours aucune question. Alors je demande qui a lu le livre ? Personne. Qui en a lu des extraits ? Personne. Qui l'a eu, au moins, entre les mains ? Personne. Le seul qui aurait pu dire oui est à l'infirmerie. Je souris. Dépitée. J'écourte. Le professeur s'excuse vaguement et me dit qu'il en sera bien resté quelque chose. Je hausse les épaules. Vient un élève qui me remercie pour mes lectures et nous livre : J'étais nul en orthographe, ça stressait ma mère. Mais J'ai arrêté d'avoir des otites, le jour où elle a arrêté de me crier dessus à cause de mes fautes ! Il sourit l'air malin. Moi aussi. Il en restera bien quelque chose. 

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Collège Revesz-Long à Crest (Drôme). Novembre hésite entre soleil et pluie. Deux classes réunies pour huit  heures d’atelier réparties sur deux semaines. La première est une Section d’enseignement général et professionnel adapté et la seconde une Unité locale d’inclusion scolaire. Oublions vite le vocabulaire administratif qui assassine quotidiennement la poésie. Devant moi des jeunes filles et des jeunes garçons, des visages, des prénoms et des histoires individuelles dont j’ignore tout et c’est tant mieux. Avec deux professeurs des écoles puisque qu’instituteurs est un métier du passé et une assistante de vie scolaire nous avons souhaité un atelier d’écriture carnet de bord. Les inscrire à l’intérieur d’un carnet avec des mots et des images. Avec leurs mots. Huit heures c’est peu. Tant pis on fera avec le peu qui est déjà une belle faveur dans l’agenda de l’institution. Et celle qui porte un joli prénom m'offrira une première récompense en me soumettant cette réflexion sous forme de question : Alors c'est beau ce qu'on fait ? 

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Se détacher du quotidien.

Ne plus avoir de problème chaque jour.

J’aimerais passer au moins une bonne journée.

A chaque jour qui passe, on a une nouvelle galère.

J’aimerais une journée sans angoisse.

Une journée sans poisse.

Me faire oublier de tous.

Échapper au regard des autres.

Être tranquille, au moins une fois, dans ma vie.

Lycée professionnel Marcel Sembat - Vénissieux


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Je m'appelle Loumeo

J'ai 7ans

Ma main touche la vie

Ma main brille de mille feux

L'horloge me fait les gros yeux

Le vent froisse mon cahier.

Les Adrets, classe de Marylin à l'école des Adrets. Dehors le Massif de Belledonne.

Ateliers d'écriture à l'initiative de Scènes Obliques

 

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Je les attendais dans la médiathèque. Ils sont arrivés bruyants, bavards comme indifférents. Classe de 3ème dans un petit village près de Roanne. Une telle distance entre nous même si les tables étaient proches. Trois fois trois heures ensemble. Et je leur ai lu mes textes et surtout Pas Revoir de Valérie Rouzeau. Je les ai emmenés à l'extérieur, comme souvent, écrire ne se fait pas toujours à table. Ils ont écrit, ils ont lu, ils m'ont dit aussi leur étonnement : je ne savais pas que la poésie c'était ça. Nous nous sommes rapprochés. 

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