[le site de Fabienne Swiatly ]

L'obstination du bleu Klein.

IMG 3504

Cet été, j'ai nagé à Marseille, plage du Prado, tôt le matin pour éviter le monde et les détritus qui jonchent la plage dès midi passé, mais un matin tout de même la baignade interdite, débordement des eaux sales de la station d'épuration. Nuit d'orage. Mes yeux tristes comme ceux des gamins Ukrainiens venus ce jour-là avec leurs parents. Dans l'éternité de l'enfance un jour d'été à la baignade interdite c'est un bien grand malheur. J'ai nagé dans la calanque des Anglais à la roche rouge et qu'après dix-huit heures même sur la Côte d'Azur, les plages retrouvent de la quiétude. Le soleil vous sèche sans vous dévorer la peau. Aux pieds des falaises, j'ai plongé, masque - tuba que je me suis offerts il y a quelques années. L'émotion au moment de payer car ce masque et ce tuba, je l'offrais à la petite fille que j'ai été et qui se baignait dans la ballastière d'Hagondange rêvant de bouées multicolores, coincée dans sa chambre à air de voiture, la peau rouge de frotter contre le caoutchouc, c'était trésor quand même. J'ai nagé dans la Siagne qui était délicieusement froide. Un étrange oiseau me surveillait de la rive, l’œil inquiet, pourtant ce n'était plus l'époque de couver les œufs. Un oiseau tout simplement curieux ? J'ai nagé dans le Roubion vers le lieu dit Au tournant, mais la canicule avait vidé les trous d'eau. Patauger est une grande frustration pour moi qui aime le dos crawlé, la brasse coulée et me prendre pour une baleine. J'ai nagé dans la Gervanne vers Omblèze et j'ai enlevé le haut de mon maillot comme cela ne se fait plus alors j'ai rêvé des plages allemandes de la Baltique où on se baigne nu en toute simplicité malgré les touristes polonais qui se signeraient presque devant ces corps qui se vivent sans ambiguïté. J'ai nagé dans le lac de Carouge au pied du Massif des Bauges avec vue sur Belledonne et le bonheur avait un goût d'eau ferrugineuse. J'ai nagé dans la Lône de Pontcharra, l'air était chargé en électricité et un orage a fini par éclater violemment, juste le temps de rejoindre la voiture avant la grêle. J'ai nagé dans l'étang de la Grange du pin, nuit tombante après une lecture à la Médiathèque de Val-Revermont. Seule dans l'eau, les autres occupés au barbecue, j'ai retrouvé le plaisir des pirouettes, du saut de grenouille et des battements de jambe soulevant de belles gerbes d'eau. Une vraie gamine. J'espère nager bientôt dans l'Atlantiqu, invitée que je suis à lire en différent lieux de Saint-Nazaire. Quand le froid sera de retour, je nagerai dans la piscine du Rhône ou celle de Vaise ou celle de Rennes ou encore au Carré Bleu de Bourg-en-Bresse ...  Nager. Depuis l'enfance. Besoin d'eau. Besoin de mettre ainsi en mouvement mon corps. Un livre pourrait s'écrire à partir de ce verbe. Pourrait. Nager parfois aussi en eaux troubles.