[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

IMG 5814

Dès le début de mon séjour à Saint-Nazaire, j'ai entendu parler des Forges de Trignac. C'était peut-être Jean-Louis Vincendeau dont les parents ont tenu le magasin Les Galoches de Trignac qui les a évoquées en premier. Des mots qui sonnaient bien. Je les ai vues un jour, de loin, alors que j'étais perdue sur la quatre voies du côté de Montoir. Des fantômes, ai-je pensé. Il pleuvait, la circulation était dense, je n'ai pas pu prendre de photos. Il y a quelque jours, j'ai été invitée à une réunion de l'association La belle industrielle (encore des mots qui sonnent bien) qui œuvre à la conservation et la valorisation des Forges désaffectés, petit à petit après la deuxième guerre mondiale.  Installés dans un ancien bar, face comptoir, nous avons discuté de ce que signifiait le travail de mémoire. Car si le bâti est un impressionnant, ce qui doit rester à jour ce sont les conditions de travail des milliers d'ouvriers qui ont fabriqué le métal dont les chantiers navals étaient gourmands. L'entreprise connaîtra de nombreux déboires financiers et les grèves qu'on n'appelait pas encore mouvements sociaux, se sont succédé. L'écrivain Jean-Pierre Suaudeau vient de publier un livre chez Joca Seria sur les Forges. Il raconte avec force et poésie les vestiges de béton, les hommes, les luttes d'ici et aussi celles des gars des hauts-fourneaux de l'est du pays. Ma résidence s'achevant cette semaine, j'ai été voir sur place les fameuses forges. Je me suis d'abord perdue dans les rues de Trignac, puis j'ai suivi le Brivet à travers la Zone Artisanale. Certes, le lieu offre une belle scène de crime pour série policière, et il ne faut pas être dégouté par les monticules de merde et de papier toilette, mais la visite reste impressionnante et, pour moi, émouvante. Les usines, les aciéries, les ouvriers mon terreau littéraire. Je photographie, un peu trop vite comme toujours quand je suis émue. Je croise trois types en tenue de travail, des gars de la Ville comme ils me disent. Ils repèrent le chemin qu'ils auront à nettoyer bientôt. Ils commentent : Faudrait tout raser. Rénover c'est trop cher. Il y avait un mur d'escalade mais c'est tout écroulé. Trop dangereux. Un coup de bulldozer et ... Ça a de la gueule tout de même. Vous avez pas peur d'être là ? Je raconte les hauts-fourneaux d'Amnéville, de Florange comme si cela pouvait me mettre à l'abri d'une mauvaise rencontre. La pluie a chassé le soleil, il faut se quitter. Je rejoins ma voiture d'un pas rapide, je suis contente de faire partie de La belle Industrielle.