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L'obstination du bleu Klein.

Evguenia Iroslavskai 776 a

Pendant longtemps j'ai cru qu'ils existaient peu de femmes artistes. Peu de peintres, d'écrivaines, de photographes ... J'avais intégré le discours qu'étant tenues à l'écart du monde culturel, elles n'avaient pas eu le goût et encore moins le génie de la création. Force est de constater que c'était un mensonge. Depuis que leurs œuvres ont quitté les zones d'ombre de l’Histoire, le constat est plutôt qu'elles n'avaient pas accès à la notoriété pour beaucoup d'entre elles. De nos jours, grâce aux femmes chercheuses, enseignantes, sociologues, écrivaines ... et aussi à des hommes féministes,  nous avons accès à des figures de femmes très différentes de mon imaginaire d'enfant. Et c'est comme si j'avais enfin accès à une autre part de ma personne. Ainsi, le récit d'Evguénnia Iroslavskaïa-Markon éditée dans Fiction & Cie - La Révoltée, nous donne à lire la brève vie d'une jeune femme singulière, dérangeante, obstinée. Fusillée en 1931 à l'âge de 29 ans par la Police d’État de l'Union Soviétique (GPU) pour terrorisme, elle était une militante anarchiste qui a choisi de partager la vie des truands, des voyous, des gens de la rue, persuadée que ces derniers étaient les vrais révolutionnaires. Si on ne souscrit pas forcément à son point de vue, elle nous plonge grâce à une écriture directe et sans fioritures dans le quotidien des marginaux, des prostituées, des enfants de la rue. Elle-même, malgré son handicap - elle a été amputée des deux pieds - se spécialisera dans le vol de valises en gare. Le récit de la compagne du poète russe Alexandre Iaroslavski fusillé quelques mois avant elle, malheureusement aussi court que sa vie, est également un témoignage brûlant sur la persécution des anarchistes par les bolchéviks, qui participèrent pourtant activement à la Révolution du peuple Russe. Traduction de Valéry Kislov.