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L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Le courage des oiseaux est le très beau titre d'un livre de Patrick Laupin où il raconte des ateliers d'écriture et de lecture qu'il a menés avec des enfants en échec scolaire : Ce qu'il faut d'amer courage pour se précipiter seul et libre au bout du ciel en bande ... Des mots qui donnent de la force même si tôt le matin à la sortie de la gare un jeune m'aborde pour quémander de l'argent. Il se dit étudiant ne précise même pas étudiant pauvre comme si cela allait de soi et qu'ensuite dans le métro je suis cernée par les publicités qui absorbent la peur des parents en proposant des écoles préparatoires privées fort onéreuses et peu attentives aux changements économiques de notre société. Puis dans la classe d'une première L, fort sage, les amener à décrire leur journée d'élève et celui-là nomme les barreaux du portail, la pluie lourde de certains matins, l'ennui qui change de salle toutes les heures et le soir, les programmes de télé dégueulasses qui offrent à peine de l'oubli. Dégueulasse est le mot qu'il a choisi. Et souvent il répète l'adjectif seul, les parents absents de son texte. Recevoir ces mots sans épanchements inutiles mais dans la justesse de ce qui est dit. Je marche ensuite dans la ville, le ciel enveloppe les immeubles d'une brume humide et je me dis qu'il y a des oiseaux qui migrent et des oiseaux qui restent. Et je pense à ceux à qui l'on coupe les ailes sur des plages d'Italie, sous les ponts de Lyon, au ban des villes. Des migrateurs qui soulèvent bien des peurs. Trouver ensuite la force de faire écrire, de faire lire, ne pas s'engluer dans une vaine tristesse, voler dans la joie du ciel pour que les enfants aient de quoi relever la tête. Quelle est cette étrange humeur qui me traverse ?