[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

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Presque 45 jours - Ce dimanche, Francois Koltès, auteur de Petit homme tu pleures , et moi sommes les invités de la librairie Géronimo à Metz. Il y a beaucoup de monde présent, malgré le soleil qui inciterait plutôt à profiter de la terrasse, au pied de l'impressionnante cathédrale juste à côté. Le livre de François Koltès tourne autour d'un drame survenue en 1961 à Metz, une ratonnade organisée par des militaires dans le quartier arabe de Metz, après une fusillade du FLN dans un dancing. Plusieurs morts et un long silence.

Mon livre aussi raconte le silence, dans cette région de l'Est après la deuxième guerre mondiale alors qu'il était difficile de poser la question du que faisais-tu pendant la guerre ? Tant les situations étaient différentes dans ces lieux frontaliers. Malgré eux ? Malgré nous ?

Belle écoute et bel échange avec la salle. Concernée.

Au moment des signatures. Un très vieux monsieur s'approche. De ses mains tremblantes, il ouvre son passeport et me le donne à lire. J'ose à peine lever les yeux. Pourquoi ce passeport tendu vers moi ? Je lis tout de même : Charles Swiatly. Le nom et le prénom de mon père. Un homonyme. Je le regarde et reconnais le nez typique de la branche paternelle. Ce nez qualifié tantôt d'indien ou de juif par l'entourage.

Un grand beau nez busqué et aussi des yeux ronds et vifs. Une ressemblance. Puis il me pose des questions sur mon père et je ne sais rien répondre. Je ne sais rien de son histoire. Pas même le lieu d'origine de sa famille en Pologne. J'ai honte de ne pouvoir rien lui dire de plus. Il range son passeport et me donne son adresse sur un bout de papier.

Depuis j'ai égaré plusieurs fois ce papier. Ce matin encore, il était introuvable. Je me suis souvenue que cet homme avait un passeport français, alors que mon père fut, jusqu'à sa mort, un réfugié polonais. Moi-même, réfugiée polonaise jusqu'à l'âge de dix ans. Et depuis française - au pédigrée douteux - avec les lois Pasqua.

Depuis cette rencontre, quelque chose me tracasse. Je ne sais quoi. Un pan d'histoire resté dans le silence. Pourquoi cet homme devant moi avec le nom et le nez de mon père ? Le passé a tremblé devant mes yeux. Les vivants sont parfois des fantômes.

Dernière mise à jour - mercredi 22 octobre du côté des ateliers - ici