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Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

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La classe n'est pas en silence, je rassure la prof, cela ne me gêne pas. J'arrive toujours, à un moment ou à un autre, à les ramener vers moi ou la page. Je comprends que cette agitation n'est pas tenable en cours, mais pour l'atelier cela donne parfois de l'énergie au texte. Et surtout je ne me vois pas hurler ou sévir. Propositions à partir de I Remember de Joe Brainard et de leur premier jour au lycée à Vaulx-en-Velin. Les mots fatigue, tristesse, décalage, peur dans leurs écrits, si peu souvent les mots de l'enthousiasme. D'abord Aissia que je vois écrire sans relever la tête, longtemps, concentrée malgré les bavardages des garçons : Je me souviens des chaussures du prof ; laides. Eux doivent se souvenir de ma chaise souvent vide. Le texte déplie ainsi solitude et dégoût. Puis Krestnik lit son texte avec un très léger accent et cette phrase que j'ai retenue : en Albanie, le maître du CM2 me donnait des claques, en France le maître m'a donné un stylo et des feuilles. Puis la sonnerie qui interrompt, envolée de jeunes vers le dehors. Certains disent au revoir.  Krestnik a oublié de me laisser son texte, je demande à la prof de le récupérer le lendemain. Elle me dit qu'il y a peu de chance qu'elle puisse, il passe en conseil de discipline ce soir et sera très certainement renvoyé. A moi de recevoir une claque.