[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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Les fantômes et les vivants d'une ville, rencontrés en seulement 24 heures. Hier c'était les friches de l'usine Adamas - ancienne coopérative ouvrière de production diamantaire. Visite un jour de froid humide à photographier ce qui va disparaitre dans quelques jours : ateliers, turbines, machines à tailler. Au pied des bâtiments coule l'Abîme...
Et ce matin, arrivant à l'école primaire des Avignonnets, dans les hauteurs de Saint-Claude, l'un des plus beaux points de vue de la ville, on m'annonce que l'école est occupée par les parents. Il fait un temps froid et sec. Toute l'école est tournée vers la lumière pendant que les parents investissent l'école sous le regard étonné de leurs enfants. Majoritairement des femmes turques. Elles veulent rencontrer l'inspectrice qui n'est pas venue au rendez-vous la veille. Si j'ai bien compris un poste va être supprimé à la rentrée prochaine. L'école classée ZEP verra ses effectifs dépasser les 25 élèves par classe. Mme l'inspectrice a transmis aux parents qu'elle faisait confiance aux enseignants pour passer sans problème de 20 à 28 élèves.
Comme il faut bien occuper les enfants, aussi excités que leurs parents, je propose d'écrire  avec la complicité de l'enseignant, sur  le thème : que fait-on à l'école (un jour de grève). Comme d'habitude, j'invite à lister, noter et les parents nous autorisent à faire un tour dans le quartier. Madame l'inspectrice ne viendra de toute façon pas ce matin. Quelques journalistes sont présents, Le Progrès, La voix du Jura.
Avec les élèves, on se promène aux alentours de l'école. Le soleil facilite la déambulation. Ils s'étonnent d'avoir tant à noter sur leur propre quartier. Vers le centre social, à côté de la boucherie halal, nous salue le patron du bar Le clean. Il m'invite à le prendre en photo avec ses copains et clients.  Des jeunes hommes aux yeux sombres et au sourire franc.  Il fait bon. Aux fenêtres les mères secouent des tapis colorés. L'air sent l'oignon et le poivron qui mijotent. Les élèves regardent, notent, me racontent des blagues que j'oublie aussitôt. Me font répéter des mots turcs et s'amusent de mon accent. On oublierait presque la précarité  financière de ces familles, la suppression du poste d'enseignant, les vitres cassées des rez-de-chaussée d'immeuble.  Ce serait juste un beau jour de février où l'on va à l'école pour apprendre à vivre comme l'a noté au tableau un des élèves de la classe.  Juste une belle journée à vivre.  
Dernière mise à jour vendredi 20 février 2009 - Obsession Usine ici 

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Depuis la veille, le texte d'Arno Calleja semble me souffler que je dois, avec cette classe, tenter autre chose. Prendre un risque. J'ai une hésitation qui fait que sur les trois heures d'atelier, dont une heure à l'extérieur dans les hauteurs de la ville, j'ai consacré 20 minutes à la proposition. Le texte Hargne commence ainsi : la langue qu'on nous parle nous donne la force. la langue qu'on parle nous donne la fureur. la lanque qu'on parle nous donne l'envie. la langue qu'on parle nous donne la pulse. on suit la pulse de langue qui nous traverse. elle donne pulsion. elle donne tension. on est tendu d'force lorsqu'on parle la langue... Lire la suite sur Inventaire/invention. 

Avant de lire le texte. Je leur explique, groupe où certains sont loin de la langue qui doit s'écrire en classe, que j'ai pensé à eux la veille en lisant Calleja. Je leur dis combien, en face d'eux, je sens leur vitalité (je précise que vitalité vient de vie) mais que je sens combien cette vitalité est tantôt créative, tantôt en impasse. Et je dis aussi que j'hésite avec ce texte, mais qu'ayant fait le lien avec le groupe qu'ils forment, je prends le risque que cela ne produise rien. 

Je lis donc un montage du texte. Et leur propose de m'écrire comme cela vient, ce que eux pensent du langage qui est le leur. Langage que je ne comprends pas toujours, langage qui ouvre et referme (je ne suis pas là pour jouer la complicité, mais leur offrir un territoire d'échanges), que je suis surprise d'entendre cette même langue dans les banlieues mais aussi les collèges des quartiers chics de Lyon.  L'élan était là, je les ai vu se pencher sur leur feuille. Accepter la proposition. L'extrait ci-dessous me fait regretter le retentissement rapide de la sonnerie. Aussitôt Ils ont laissé leur écrit et emmené la langue, leur langue, dehors. Enseignantes et moi, un peu seules dans le désordre des tables, mais contentes :

Mon langage est familier, je voudrais bien parler courant ou soutenu.
parfois, j’essaye de parler courant et soutenu
j’utilise des mots arabes alors que je ne suis pas arabe
mais je respecte toujours mes grands, les adultes : bonjour, au revoir, excusez-moi…

Je parle un peu, je parle le français un peu,
 j’aime un peu cette langue
j’aime le quartier des Avignonnets
 on y parle bien, on parle en turc, on parle en français
mon langage est toujours moitié.

mon langage est chelou, c’est chelou, c’est le truc qu’on dit
c’est chelou tout ce qu’on dit
mon langage déchire, mon langage pète

je parle comme je veux en arabe, en turc

personne va m’en empêcher

La langue de demain
celle de demain, c’est ma langue
je l’admets, elle est familière
familière c’est ma langue
la langue de demain


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Le bar avec de la lumière – des vitres cassées
– des voitures qui brillent au loin
On apprend le futur, on joue, on fait du cross,
On prend des photos
Aimer  Yozgat en Turquie

Des panneaux qui disent la rue – des gros mots sur les murs
– la pharmacienne
On écrit, on répond aux questions, on sort dans la cour,
On apprend des nouvelles choses
Jouer à voyager. Mes pieds marchent avec mes parents.
 
Ecole des Avignonnets - Classe de Jean Moricheau

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