[le site de Fabienne Swiatly ]

L'obstination du bleu Klein.

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Un mois d'existence et ce que cela signifie l'obligation (pourquoi ce mot s'impose-t-il) de tenir à jour le site. Faire qu'il existe et donne envie à certains d'y revenir. Un site pour faire venir les autres ? Et continuer à noter, lister, sérier... travail porteur pour moi. La preuve en est mon livre Boire. Lors de la journée Remue.net au café Les Voraces à Lyon, j'ai eu l'occasion de relire la toute première version du livre, une série de phrases publiée par Catherine Jackson dans sa revue Notes. Le titre était : notes pour cesser de boire. Deux - trois pages de phrases brèves :

Elle dit ne pas pouvoir s'endormir si elle ne boit pas.

Sa table de nuit est collante de bière renversée. Elle vomit plusieurs fois par jour.

Je ne l'ai jamais vu saoule.

6 bouteilles de bière dans les sacoches du mini vélo, 4 autres dans le panier accroché au guidon. J'ai peur de tomber.

Je ne sais plus quelle année elle a cessé de boire du jour au lendemain.

Quelques phrases qui s'alignent et pourtant tout le livre est là. Je retrouve d'ailleurs ces mêmes quelques lignes en début des paragraphes qui constituent le livre Boire édité cette année par Ego comme X. A deux ou trois mots près, elle sont identiques d'une version à l'autre. Comme s'il avait suffit ouvrir ces petits bouts de phrases pour que le texte surgisse. Déplier ce que chacune contenait. Chaque phrase de la liste fonctionne comme un marque page de la mémoire. Petits drapeaux que l'on plante dans la terre pour dire : il faudra creuser-là.

J'ai été très contente d'apprendre que Lionel Tran des décapantes éditions TerreNoire utilise dans ses ateliers d'écriture les deux versions du texte pour illustrer l'évolution d'un chantier d'écriture. Surtout qu'écrire une liste peut paraître parfois un peu dérisoire face à l'ampleur d'un livre et pourtant les exemples ne manquent pas dans le rayonnage des libraires, sans parler des livres constitués en entier ou en partie de listes dont je parle régulièrement ici ou là.

Dernière mise à jour : lundi 13 octobre - du côté des usines - ici

 

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pommes

Une vingtaine de jours que le site est ouvert. J'y pense tout le temps avec pour obsession que cela fasse sens. Et en même temps l'envie d'écrire sans réfléchir. Ne pas revenir sur les textes écrits sauf pour les fautes d'orthographe (ah ! le mot de faute pour qualifier des erreurs) et parfois quelques précisions ajoutées ou petits resserrements de phrases. Et le sentiment d'une multitude de chantiers qui pourraient s'ouvrir ici.

Visite du site des autres. Voir la fréquence des mises à jour. Regarder s'ils sont là. Comme l'on viendrait rendre visite à un ami dans son appartement : je suis passée et tu n'étais pas là. Oui sur certains sites, beaucoup d'absence.

Regardez quel angle d'écriture a été choisi. Préférer que les écrivains parlent d'écriture et de littérature plutôt que de politique ou préférer qu'ils utilisent la littérature pour dire la politique. Un peu fatiguée des commentaires sur tel ou tel événement.

Découvrir des nouveaux auteurs, des nouveaux lieux. Découvrir avec surprise que l'on parle parfois de moi ou de l'un de mes livres.

Un monde qui s'est agrandi autour de l'écrire et du faire écrire.

Puis - se demander si cela ne reste pas trop à la surface - avoir envie de creuser encore mais quoi exactement - quelque chose de la surface justement. Avancer comme sur l'étendu lisse d'un étang gelé. J'écris cela sans savoir exactement ce que je cherche à dire. Creuser encore ou glisser. Glisser sur le lisse du temps jusqu'à y rencontrer un arbre. L'écriture parfois me devance et je dois me lire et me relire pour que surgisse l'idée d'un texte.

Ces mots-là comme note d'aujourd'hui.

Dernière mise à jour vendredi 2 octobre notamment avec les notes - ici

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SalomeDanse

Dix jours que mon site est en ligne et la question d'un ami m'obsède : tu l'écris pour qui ? Et la seule réponse que je trouve : pour être lu. Ce qui est guère différent d'un chantier livre. Sauf qu'avec un livre, on n'est jamais certain qu'il sera publié.

Ill ne s'agit pas de remplacer le livre en écrivant sur le net mais d'offrir aux lecteurs le chantier ouvert de l'écriture. De donner à lire ce qui se cherche, tâtonne et qui, chez moi, existait et existe encore dans les carnets : la prise de notes. Une manière d'écrire différente du journal (d'ailleurs je ne tiens pas de journal). Je n'y arrive pas - un sentiment de dégoût au bout de deux trois semaines m'empêche de le poursuivre. Donc je collectionne un certain nombre de tentatives de journaux.

Et l'envie aussi d'explorer à ma façon un territoire qui permet d'écrire avec des entrées différentes et d'y mêler la voix des lecteurs attentifs voire complices. Pas sous la forme d'un forum qui vire trop vite au Café du commerce, mais de proposer une insertion ici ou là.

Ecrire sur un site offre ce territoire excitant de l'écriture immédiatement accessible tout en prenant le risque de donner à lire ce qui n'est pas achevé. Ce qui n'est pas passé et repassé sur l'établi.

Partager des tentatives. Oui, décidément, tentative est un mot qui me convient car il convoque l'envie de réussir tout en soulignant l'aspect délicat du là - maintenant. Comme pendant les lectures à voix haute qu'il ne faut pas trop préparer au risque de perdre la fragile présence du corps. François Bon en parle très bien sur son site.

Donc un site comme lieu de tentative d'écriture.

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Premier jour de mise en ligne - Le bleu n'est pas une couleur qui m'est intime. Mais cela s'est imposé ainsi, même si je me méfie du joli que le mot bleu peut laisser entendre. Le trait bleu sur la feuille, nostalgie de l'écriture à l'encre… et bien non.
Une trace bleue c'est plus violent. Comme la veine que l'on voit battre sous la peau et prendre du relief. L'appel au rasoir et c'est du rouge qui jaillit.
C'est l'ecchymose. La trace laissée par les coups sur la peau et sous la peau. La douleur (qui s'efface).
Les bleus de l'enfance parce que jouer est dangereux. Coups de pédale du vélo, murs à gravir, frères batailleurs. Parce que grandir est dangereux et les claques parties trop vite.

Le bleu absent du ciel de Lorraine et qu'il restait le bleu de la tenue de travail des ouvriers, troqué plus tard pour le bleu des Schtroumpfs, parc d'attractions qui donne des emplois aux chômeurs. Et le père qui fait «bleu » quand il oublie d'aller au boulot.
Blau en allemand qui signifie aussi être ivre.
L'obstination du bleu Klein

Fond d'écran de l'ordinateur.

Bleu métallisé des eaux profondes qui réinventent le vert.

La fumée bleutée d'une cigarette - Gitane, Gauloise, paquets bleus - les cigarettes que je ne fume plus. Mais toujours l'envie.

L'encre noire du tatouage qui bleuit avec le temps. Mon tatouage d'avant la mode. La trace, l'empreinte, la cicatrice, le souvenir, le gravé. Une histoire de peau. Dans la peau.

Bleu palpitant.

La trace bleue - pourquoi pas.


 

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