[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue

SalomeDanse

Dix jours que mon site est en ligne et la question d'un ami m'obsède : tu l'écris pour qui ? Et la seule réponse que je trouve : pour être lu. Ce qui est guère différent d'un chantier livre. Sauf qu'avec un livre, on n'est jamais certain qu'il sera publié.

Ill ne s'agit pas de remplacer le livre en écrivant sur le net mais d'offrir aux lecteurs le chantier ouvert de l'écriture. De donner à lire ce qui se cherche, tâtonne et qui, chez moi, existait et existe encore dans les carnets : la prise de notes. Une manière d'écrire différente du journal (d'ailleurs je ne tiens pas de journal). Je n'y arrive pas - un sentiment de dégoût au bout de deux trois semaines m'empêche de le poursuivre. Donc je collectionne un certain nombre de tentatives de journaux.

Et l'envie aussi d'explorer à ma façon un territoire qui permet d'écrire avec des entrées différentes et d'y mêler la voix des lecteurs attentifs voire complices. Pas sous la forme d'un forum qui vire trop vite au Café du commerce, mais de proposer une insertion ici ou là.

Ecrire sur un site offre ce territoire excitant de l'écriture immédiatement accessible tout en prenant le risque de donner à lire ce qui n'est pas achevé. Ce qui n'est pas passé et repassé sur l'établi.

Partager des tentatives. Oui, décidément, tentative est un mot qui me convient car il convoque l'envie de réussir tout en soulignant l'aspect délicat du là - maintenant. Comme pendant les lectures à voix haute qu'il ne faut pas trop préparer au risque de perdre la fragile présence du corps. François Bon en parle très bien sur son site.

Donc un site comme lieu de tentative d'écriture.

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Premier jour de mise en ligne - Le bleu n'est pas une couleur qui m'est intime. Mais cela s'est imposé ainsi, même si je me méfie du joli que le mot bleu peut laisser entendre. Le trait bleu sur la feuille, nostalgie de l'écriture à l'encre… et bien non.
Une trace bleue c'est plus violent. Comme la veine que l'on voit battre sous la peau et prendre du relief. L'appel au rasoir et c'est du rouge qui jaillit.
C'est l'ecchymose. La trace laissée par les coups sur la peau et sous la peau. La douleur (qui s'efface).
Les bleus de l'enfance parce que jouer est dangereux. Coups de pédale du vélo, murs à gravir, frères batailleurs. Parce que grandir est dangereux et les claques parties trop vite.

Le bleu absent du ciel de Lorraine et qu'il restait le bleu de la tenue de travail des ouvriers, troqué plus tard pour le bleu des Schtroumpfs, parc d'attractions qui donne des emplois aux chômeurs. Et le père qui fait «bleu » quand il oublie d'aller au boulot.
Blau en allemand qui signifie aussi être ivre.
L'obstination du bleu Klein

Fond d'écran de l'ordinateur.

Bleu métallisé des eaux profondes qui réinventent le vert.

La fumée bleutée d'une cigarette - Gitane, Gauloise, paquets bleus - les cigarettes que je ne fume plus. Mais toujours l'envie.

L'encre noire du tatouage qui bleuit avec le temps. Mon tatouage d'avant la mode. La trace, l'empreinte, la cicatrice, le souvenir, le gravé. Une histoire de peau. Dans la peau.

Bleu palpitant.

La trace bleue - pourquoi pas.


 

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