[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Parce que le cul finit par être mou à rester sur la chaise devant l'écran, demain je vais marcher dans le massif des Bauges. Marcher et je sais que d'abord je vais râler, ressasser, cracher le fiel  et en baver. Parfois même comme une envie de vomir. Je vais me purger. Ensuite viendra le plaisir même avec la fatigue et  je pourrai ruminer les textes en cours. Réfléchir au sens plus qu'à la forme. Retrouver l'équilibre entre le travail des muscles et celui de la pensée. Me sentir bien. J'aurai le cul moins mou et pourrai retourner lundi à la chaise, à l'écran, aux doigts sur les touches et à ce quelque chose qui défile noir sur blanc et qui espère devenir texte, devenir livre, devenir sens. 

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Atelier d'écriture itinérant. Le groupe est amené à dormir dans deux gites ouverts récemment. Dans les deux cas, nous reconnaissons de nombreux objets et meubles Ikéa. Cela occupe la conversation et le lendemain nous ramassons plusieurs étiquettes du magasin dans l'herbe et le sable de la cour. Le commentaire de l'un des participants : nous sommes cernés ! A Lyon, la semaine d'après, sur une terrasse deux architectes, un peu ivres, s'engueulent au sujet d'Ikéa. L'un explique comment la réussite de cette marque démonte les propos du Bauhaus qui espérait en mettant le design à portée de tous, changer le monde. Les produits Ikéa sont certes bien conçus et plutôt beaux, mais ils ne nous rendent pas meilleurs ou plus intelligents. Ils font bien vivre quelques designers et proposent de l'utilitaire à prix bas. 
Ce qui est certain, c'est que ce magasin semble extrêmement bien nous connaitre et intègre rapidement nos changements de comportement. Reste à définir ce nous auxquels ils me semblent appartenir. Ils savent notre goût pour l'écologie, de l'épure et que nous avons digéré Andy Warhol, Buren et les films d'Almodovar. Ils nous ont cernés et nous sommes cernés par leurs objets. D'ailleurs leur dernier catalogue a pour titre  : Histoires de votre vie. Ikéa est devenue notre lieu commun. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Parfois, je me pose juste la question de savoir ce que cela nous empêche de voir. Heureusement, j'ai résisté à la cuisine intégrée, mais jusqu'à quand ? photo@patrickarpino

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Certains mondes s'ouvrent à vous, subitement avec leur cohorte de vocabulaire spécialisé, parce qu'un examen oculaire dépiste dans votre œil droit une macula bombée dont vous ignoriez tout il y a quelques secondes encore. Dans un premier temps, j'ai pensé à la chanson de  Bashung : bombez les torses bombez, mais l'internet m'a soufflé une chanson un peu plus complexe. Ce défaut peut-être bénin ou le début d'une maladie dégénérative de la rétine. Ni moi, ni le médecin n'en savons rien pour l'instant. Il faut surveiller. J'ai oublié de demander si cela pouvait expliquer le côté penché de mes photos (je dois presque toutes les redresser dans le même sens et dans une même proportion), cela m'éviterait de me ridiculiser chez mon photographe. Oui,  je bombais moins le torse parce que mes yeux, tout de même, c'est mon outil de travail :  écriture, lecture, photo. J'ai été marcher dans le quartier parce un peu d'angoisse me lestait les jambes. Quand le tram est passé, j'ai fermé les yeux pour m'habituer, au cas où - c'est une maladie qui peut rendre aveugle - et j'ai senti sur mon visage le déplacement d'air frais qui faisait du bien à cause du temps lourd. Je ne voyais pas mais je ressentais. Alors je me suis dit qu'après tout, cela pouvait être une expérience constructive - j'ai été surprise par mon optimiste et de ma confiance. Du coup, j'ai  repris, bien fort cette fois-ci  la chanson de Bashung dont je me demande bien ce qu'il voit, lui, avec ou sans macula: bombez le torse bombez / prenez des forces, bombez / ça c'est my way. 

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Dans le miroir de la coiffeuse / ovale sans cadre / mes yeux sur le nombril / sourire du ventre / le débardeur relevé / l'attente des seins / de l'avenir dans le miroir / danser le lundi au soleil / je n'ai pas de montre / la molle rondeur des cuisses / bouger au repli du ventre / j'imite les filles de la télé / les frères accrochés à l'écran / le déhanché de la fesse / qui rapproche les yeux / C'est une chose qu'on n'aura jamais / Je me veux devant l'écran / les frères qui s'énervent / quel boulet / quelle glu /   dégage fesses plates / mes jambes reçoivent leurs coups. (J'ai beaucoup dansé - chantier en cours). Photo arpino@swiatly

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Retour d'Allemagne. Déconnectée depuis 15 jours pour mieux regarder, réfléchir, ressentir  l'instant . A l'approche de la frontière, je rejoins le flux : France inter. Et les mots qui ramènent à mon pays, celui où je vis : Démantèlement des campements Roms et la fierté du ministre qui règle cela en quinze jours - pendant que les citoyens (espèrent-ils) sont ailleurs. Furieuse d'entendre le vocabulaire du journaliste - on démantèle un réseau de trafiquants, de proxénètes... mais on détruit les logements précaires des plus pauvres de l'Europe. Ceux-là qui après la chute de Ceaucescu ont perdu leur dernier moyen de subsistance : le travail dans les fermes collectives. Des hommes, des femmes et des enfants qui vivent de champignons et de pommes dans leur pays (sans eau, sans électricité, loin de toute urbanisation) et viennent mendier nos restes dans la rue.  Le journaliste qui emploie le vocabulaire des communiqués de presse, des mots pour effrayer, dissimuler, sur-jouer. Les mots de la propagande. Il faut, pour s'en convaincre, aller voir l'expo au musée de la Résistance, créée à une époque où la France accueillait encore (un peu) l'autre. Grâce à cette expo, les Roms deviennent la famille Tarzan Covaci. On les croise (peut-être encore) rue des Frères Lumière à Lyon. Dans les messages envoyés par le réseau RESF, chacun peut constater que ces "démantèlements" sont une intervention sur site avec combinaisons blanches et gants pour ne pas attraper le mal des pauvres. On jette toutes les affaires dans les bennes. Ceux qui avaient peu, n'ont plus rien. Même plus de noms, de prénoms. Ce sont les Roms et les amalgames sont faciles et bénéfiques pour détourner les regards : gitans, gens du voyages, truands, empoisonneurs de chiens, voleurs à la tire, fainéants, profiteurs du système... Alors quand des humains ne sont plus qu'un groupe que l'on désigne du doigt, que l'on chasse, que l'on accuse de tous les maux, alors oui, il faut trembler de peur, de honte et surtout d'indignation.  ©Photo d'une gravure de Käthe kollwitz prise au Schloss Gottorf de Schleswig - tirée de la série Guerre. 

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Départ imminent pour Hambourg et les îles Frisonnes (côté Allemagne et Danemark). Camion aménagé sommairement mais confortablement. Appareil photo. Je n'écrirai pas. Le carnet en cas d'urgence mais seulement pour noter. L'ordinateur restera à la maison. La vacance de l'écran. Des livres, bien sûr dont le volumineux Écrire, inscrire de Jean-Claude Mathieu dont j'aimerais parler sur Remue.net. Un essai sur l'écriture réfléchie au miroir des inscriptions : traits dans le sable, tatouages sur la peau, lettres sur une tombe, graffiti, etc. Pascal Garnier et David Peace que m'a conseillé Jérôme de la librairie Aux bonheur des ogres à Lyon. Le plaisir de partir pour une région dont j'ai peu de représentations visuelles, sauf peut-être une certaine lumière et des horizons généreux. Et bien sûr l'occasion de parler en allemand, le hoch deutsch. Un allemand très différent, moins guttural que dans le sud du pays. Bis bald ! 

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Le pied quitte la contrainte de la chaussure pour de nouveaux contours, liberté d'aller à nu. Mais si le pied perd la chaussure, le chemin se hérisse de cailloux. Le pied est sans protection. Avancer est un calvaire. Le corps quitte les vêtements, s’adonne à la lumière, existe avec sa part animal, mais si au corps est arraché le vêtement, il est à découvert. Aujourd'hui encore des voix ordonnent de tout quitter, jusqu’au dernier repli de tissu. L’ordre ne se discute pas. Chacun se défait et entre dans la file. Les yeux se baissent. Plus de regard chez celui qui subit la peur. Qui va vouloir défendre la chair au regard effacé ? Se mettre nu avant d’être mise à nu. Le voile n'y change rien et désigne plus violemment encore ce qui ne saurait être vu. (extrait de flagrants délits, chantier en cours). Photo arpino@swiatly.

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5 jours de marche et d'écriture. 5 jours à clore les oreilles et les yeux à ce qui nous ramène à la boue des puissants, et tenter de voir autre chose pour rester furieusement vivant. Le texte de Jean-Pierre Spilmont qui tient une place singulière et forte dans cette avancée : Parfois, cela peut commencer par un regard / Celui que l'on porte sur ces gens / qui marchent doucement / et qui abandonnent derrière eux / des morceaux de phrases / Des mots qui se perdent au fur et à mesure / que s'éloignent les voix.

Et c'est comme si des paroles / flottaient encore dans l'air / longtemps après leur passage / s'entrecroisaient, se mêlaient à d'autres  voix / pour que l'on puisse  cueillir  / tous les mots abandonnés et les confondre / les enchevêtrer, les combiner entre eux / pour inventer une histoire. 

Un instant de sable - ed Terre d'écritures

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Période intense d'écriture - texte poétique en cours : J'ai beaucoup dansé. Depuis quelques jours, je me sens démunie avec le vocabulaire français, ainsi le mot corps qui s'impose et à qui je trouve difficilement des équivalents ou des synonymes. J'ai du mal à inscrire les nuances. Peu d'autres mots pour séparer le corps mort du corps vivant, le corps chaud du corps froid, l'enveloppe du contenu.  Et si j'arrive à disséquer le corps avec les mots de la science que faire de tous ces membres, ces viscères, ces muscles quand je tente d'évoquer le mouvement. Je me suis retrouvée en difficulté aussi avec le mot nuit : obscurité, ombre, crépuscule, aurore, aube...  peu d'autres mots pour distinguer le début de la nuit, la nuit noire, la nuit du matin, la nuit blanche, la nuit bleutée, etc... Alors il me faut convoquer les adjectifs dont chaque écrivain a appris depuis toujours à se méfier. Et aussi le verbe faire que j'ai tendance à utiliser trop souvent, mais lorsque je trouve un terme plus précis, il semble trop précieux, pas à sa place. Et le mot souvent très souvent dans mes textes. Et le mot aussi, sans parler du mot mot.  Oh et puis zut, les mots me barbent ce matin. Trop de transpiration ou plutôt de sueur. Je vais rejoindre les enfants dans la piscine et mettre mon corps au frais.

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Quartiers sensibles. C'est le terme utilisé par les médias et dans les documents officiels. Sensible, c'est plutôt beau comme mot si on laisse s'exprimer l'émotion plutôt que la douleur. Quartiers sensibles où je vais régulièrement pour les ateliers d'écriture, les photos et le plaisir d'y retrouver des gens que je connais. Quartiers plutôt calmes, mais qui me ramènent à ce gamin qui pour tenir tête à une amie répond qu'il est de la racaille. Il a une dizaine d'années. Qui a pu lui mettre cette idée en tête ?  Un enfant ne s'assimile pas à de la racaille sans raison. Il ne lui reste peut-être que cela pour hausser la voix. Élargir la vision. Et peut-être qu'il a une tête de racaille puisque quelque ministre prétend pour sa défense que lui n'a pas une tête de fraudeur. Ce qui signifie logiquement que certains ont une tête de fraudeur, de voleur, de racaille. Et ils sont quelques uns à nous les montrer du doigt  ces gens-là : chroniqueur de télé, président énervé ou encore un philosophe qui a trouvé urgent de de donner son point de vue à la radio sur la dérive d'une équipe de foot : la faute à la caillera.  Il y avait urgence effectivement, les micros étaient ouverts. Alain Finkielkraut pour le nommer, est un philosophe. Une personne qui grâce aux mots et à la pensée doit nous aider à mieux saisir la complexité du monde. Donc voilà, c'est la France entière qui est en dérive et le mal vient de la banlieue. Oui, il nomme, désigne des territoires très différents avec un seul mot : la banlieue ; ajoute pour notre gouverne, et sa racaille : "l’esprit des cités est en train de dévorer l’esprit de la cité". Bien entendu la racaille est basanée ou noire, comme on veut, mais pas plus claire. Je me demande quel espoir il reste à ce gamin de dix ans si le philosophe l'enferme - à distance - avec quelques mots pauvres dans une banlieue stigmatisée. Prendra-t-il un jour le chemin des banlieues le philosophe ? Il constaterait qu'elle est immense, multiple et sensible. Oui, mais le philosophe est pressé, il doit donner son point de vue sur le foot. Il n'a guère le temps de se rendre dans les quartiers-là et puis trop de racaille. Alors nous avons fait la fête sans lui

©patrickArpino

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affamée / tu cherches de la farine / dans les côtes du vieux moulin / à quatre pattes / tu grattes avec ta langue / tu souffles dans les fentes / tu goûtes les planches âpres / le visage de plus en plus enfariné / l'histoire devenant ronde / le corps entier s'allonge sur le sol / retrouvant le passage 

lačna /  iščem moko / v rebrih starega mlina / po vseh štirih / praskam  z jezikom / piham v razpoke / okušam hrapave deske / obraz je vse bolj prašen / zgodba postane okrogla / s celim telesom ležem na pod / najdem prehod

La nuit remue ; et les mots nous tiennent debout jusqu'au soir. Des voix très différentes qui s'écoutent se disent, se contre disent aussi. Avec Mateja Bizjak nous lisons, elle en slovène, moi en  en français, son texte Alice aux mille bras.  Ici des photos des autres lecteurs de la Nuit.

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Les bonnes intentions ne font pas les bonnes inventions. C'était mercredi soir, place Saint Sulpice avant l'ouverture du marché de la poésie. Dans les cabanes dites des poètes, on se sent bien seul à devoir affirmer la poésie, la littérature dans le désordre de ceux qui viennent là avec peintures  légères, chaises pliantes, bouts de films, bouts de nappe, bouts de textes, de quoi boire et surtout de quoi élever la voix pour attirer vers soi ceux qui trainent là par hasard ou pour de bon. On croise des auteurs qui ont hésité à investir le lieu et que l'on sent soulagés d'avoir dit non. On est triste dans sa cabane pourtant le livre que l'on montre est beau mais la peur de le tâcher avec les verres au-dessus penchés. La poésie a  le droit de boire, certes, mais il faudrait d'abord l'entendre. Décalage dans ce fourre-tout. Confusion des genres, je perds la voix, je perds l'envie. J'ai honte un peu d'être là, à ne rien savoir faire dans ce désordre triste et vain. Puis je pense à demain quand j'entendrai le texte d'Arnaud Maïsetti qui ainsi commence : Et je me tiens debout, je n’ai pas besoin d’autres armes que mes jambes bien plantées sur le sol droit et horizontal ;

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Lumière terne dans la pièce où j'écris pourtant le ciel est changeant. Attire l'orage. J'écris avec le bruit des travaux dans la rue et la station service où régulièrement des conducteurs s'engueulent. J'écris et cela n'avance pas. Quand je sens trop de mou dans ma phrase, je viens me réveiller sur le site d'un tel ou un tel. Découvre celui d'un homme sans réseaux, Jean-Baptiste Monat et cette phrase de lui qui me va : attendre sous la pluie de feu qu'une dent pousse. Il habite Lyon et sera sur la scène Poétique de la Part-Dieu le 16 juin et moi, je serai à Paris au Marché de la poésie pour présenter le livre Sublime Obscène dans une des nombreuses petites cabanes qui sont mises à disposition des poètes, à qui l'on demande de plus en plus de faire spectacle. Donc je n'entendrai pas la voix de JB Monat, mais peut-être qu'aujourd'hui, regardons-nous avec la même mollesse ce ciel qui ne vient pas. En attendant le miracle du vivant, il est l'heure de retourner à ce qui ne s'écrit pas.

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