[le site de Fabienne Swiatly ]

L'obstination du bleu Klein.

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Écrire comme l'on récupère des miettes de pain sur la table. La main qui nettoie sans réfléchir, puis le geste jusqu'à la bouche et le  goût fade du pain sur la langue. Quelque chose d'un peu décevant, mais qui nous relie à une histoire ancienne dont on a perdu l'origine. 

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Fort dégoût pour cet univers médiatique qui nous livre le corps d'une jeune fille comme sujet improvisé mais sociétal sur plusieurs chaines de télévision, dans moult journaux, sur bien des radios. Et pour empêcher toute tentative de déstabilisation, les animateurs se drapent du droit à l'information. Non, ils ne vacillent jamais. Toujours droit devant la caméra, le micro ou l'écran. Et quand la jeune fille a bien été dépecée offrant ainsi un avantageux espace publicitaire aux grandes marques qui nous intiment d'acheter Noël, les animateurs viennent alors se pencher sur le presque cadavre d'un homme qui rêva d'être président. Ils pincent légèrement les narines de le découvrir si maladivement libidineux, mais ils gardent un ton sérieux. Il était urgent que la France et le monde entier sachent dans quelle posture cet homme aimait à jouir. Alors oui, je me sens colère. Au moins autant qu'Eva, écolière de dix ans, qui souvent pendant l'atelier d'écriture se laisse envahir par une colère qui l'empêche parfois d'écrire alors que je sens qu'elle en a envie. Elle se décrit comme une fâchée-noire. Et pour la calmer, je lui avais proposé de me montrer l'endroit de sa colère, d'en faire une boule pour la jeter au loin, lui  conseillant d'en garder un peu parce ça peut servir. La mienne de colère, je la transformerais volontiers aussi en boule, en pierre, en pavé... Oui, un pavé noir pour envoyer dans tous ces écrans, ces postes de radio, ces journaux qui font grimper l'audimat en nous vendant des petites filles mortes et des rois piteusement déchus.

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Décision est prise de passer à 7 % la TVA sur le livre. Essorage de la culture - Rendez-nous ce qui ne vous sera plus donné. Arrogance des dirigeants et ceux du pouvoir qui nous proposent des fausse réponses à ce qui leur échappe depuis un sacré bout de temps. Maitrisent rien mais ne veulent pas rendre le volant. L'économie est une grand salle de jeu pour spéculateurs, avec scotchés sur le ban des économistes qui semblent chaque jour un peu plus déroutés mais ne lâchent pas le volant non plus. Incapacité à inventer un monde nouveau. Système économique qui continue à voir du progrès dans la capacité du citoyen à consommer et nous-mêmes tétanisés avec cette peur au ventre de ne plus pouvoir payer. Payer quoi ? Chacun avec son calcul, son manque, sa nécessité de... Oui, l'envie d'une saine colère qui saurait dire un énergique: non ! Qui m'obligerait à penser différemment. Sortir du tracé de la route et générer du collectif pour taire la peur individuelle. Et aussi  la possibilité de reprendre les renes puisqu'ils ne lâchent pas le volant. Vertige. Demain est-il encore un possible ?

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Pérégrinations littéraires et poétiques dans le Haut Jura. Cette année je ne pouvais pas en être, dommage il faisait beau (vous pouvez le vérifier ici) Saute-frontière, association jurassienne qui, comme de nombreuses Maison de la Poésie, déploie une énergie formidable (avec seulement un poste et demi salarié) pour qu'existe la littérature sur tous les territoires d'une région. De beaux souvenirs en ce qui me concerne, ma lecture en compagnie du musicien Frédérick Folmer dans l'historique Maison du Peuple à Saint-Claude, d'Isabelle Pinçon lisant dans un four à pain cheveux mouillés, d'Emmanuelle Pireyre et son improbable chasse au lynx, de Jérémie Gindre face à une brouette-braséro, d'un horticulteur accueillant un repas sous sa serre et nous demandant, l'air timide, s'il pouvait lire un des contes qu'il avait écrit et tous ces paysages, carrières, ponts, rivières, chapelles, jardins privés ou publics où résonnèrent les paroles de Joël Bastard, Edith Azram, Sabine Macher... et que purent entendre aussi ceux passés là par hasard... Alberto Nessi llisant en italien dans un café associatif portugais... Tout cela résulte de l'opiniâtreté de nombreuses petites et "grandes" mains qui font fi de l'élitisme, du cynisme et s'obstine à croire que tout le monde a besoin d'un poète comme le suggère Philip Glass, musicien qui accompagna la lecture des textes d'Allen Ginsberg par Pattie Smith. Revenir à ce slogan que j'avais proposé pour réveiller les partenaires  : La poésie même pas peur !

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Empêchement - c'était le thème du laboratoire. Huit Compagnons-comédiens pour déplier le mot, puis l'improviser, le jouer, le mettre en voix. Quatre journées de laboratoire au NHT8 avec la comédienne Anne de Boissy et la performeuse Géraldine Berger. D'abord on se donne quelques repères : barrière, butoir, pierre d'achoppement, mur,  écran, cloison, découragement, poisse, malchance, grain de sable, goulot d'étranglement... Puis on tâtonne ensemble jusqu'à trouver des idées, des brèches. On travaille et on y trouve de la joie. Ce mot de joie que j'utilise beaucoup en ce moment même s'il sonne quelque peu désuet. Un petit air d'école du dimanche. Mais je n'aime pas qu'un mot soit propriété privée d'un milieu social. Quand j'éprouve de la joie à travailler, je tiens à l'exprimer et youpla boum !

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Au Centre culturel de Tinqueux expose actuellement Brice Maire, plasticien qui utilise la photo et la vidéo dans son travail. Zone de contamination propose un regard sur les zones contaminées suite à l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Des images et des installations pour tenter de raconter l'invisible et cerner ceux qui restent vivre dans des lieux où le danger n'a, paradoxalement, aucune image à donner - du coupe, le danger est partout. Pas que des vieux, attachés à leurs terres qui restent mais aussi des jeunes qui n'ont pas les moyens de vivre ailleurs et une faune plus ou moins dangereuse de trafiquants et d'indésirables que l'on n'osera pas venir chercher là. Brice Maire raconte aussi, comment à vivre entouré par des forces du mal invisibles, chaque visiteur ou habitant se laisse envahir par des pensées étranges. L'au-delà est une présence puisqu'il agit sur l'essence même du vivant. Et ce qui n'est pas devient palpable. Lecture est également proposée du magnifique texte de Svetlana Alexietvitch, La Supplication, par Florian Sevin.  

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Dans le train, un vieux wagon avec le couloir sur le côté où l'on peut se tenir debout et regarder le paysage, le thème de mon prochain livre s'impose. Un livre sur le déplacement, peut-être l'errance. Des villes aussi s'imposent :  Dresde, Binz dans les îles Rügen, Thionville, Port Louis, Mestre. Des villes que je connais et qui pour certaines me fascinent par leurs zones industrielles. Ce livre trouvera aussi sa source dans cette brève rencontre avec un stoppeur pris dans le Jura (déjà racontée sur ce site). Un homme d'une quarantaine d'années qui "voyageait" et m'a dit venir d'un pays qui n'existe plus : l'Allemagne de l'Est. Rencontre troublante et je m'étais posé de nombreuses questions. Quelle place donnée aux Allemands de l'Est dans la construction d'une Allemagne réunifiée ? Et ces 100 marks offerts en signe de bienvenu (acte d'allégeance au système libéral ?) et dont certains n'étaient pas dupes et avaient même ignoré. Leur donner la parole ? Ce train me ramène aussi aux nombreux voyages d'avant, quand il m'arrivait de passer douze heures coincées entre les portes du WC du wagon et mon sac à dos, traversée de l'Italie ou de l'Espagne. On pouvait fumer une cigarette dans le couloir, fenêtre entrouverte et qu'il fallait se coller à la vitre pour laisser passer un autre voyageur. Des voyages qui nous inscrivaient de manière particulière dans le temps et le paysage. Je me dis que celui qui n'a plus de pays d'origine peut errer longtemps à en chercher un autre. Je sais aussi que dans ce livre, on parlera de désir. Cet homme sans pays aimera l'amour, faire l'amour. Il a déjà un nom : Falco. Une voix annonce la proximité de la gare, je me prépare à descendre. Je suis légère et joyeuse, il en est souvent ainsi quand le prochain livre s'impose. 

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Ma résidence au Centre de Créations de Tinqueux/Reims a débuté. J'ai choisi de travailler sur le thème du caillou. Petit objet, omniprésent, que l'on choisit dans la masse pour le faire ricocher sur une rivière, le lancer au loin, le regarder de plus près, le glisser dans une poche parce qu'il a une vague forme de visage ou, comme dans la tradition juive, le déposer sur une tombe que l'on vient de visiter. La pierre dit : je suis venu. Caillou, objet insignifiant, qui révèle parfois un fossile, une pépite, un cœur en quartz. Il suffit de regarder de plus près. Pendant cette résidence où je vais travailler avec des primaires et des lycéens en bac pro, je proposerai des lectures, des temps d'écriture et des prises de photo sur ce thème. En attendant, dans la chambre de l'hôtel, j'expérimente l'aspect photographique. Pas facile de se prendre soi-même en photo. Je dois tendre la main, tordre le buste... A l'arrivée, cette photo où ma main me semble monstrueuse. Un animal étranger à ma personne. Moi, qui ai mis des années à me réconcilier avec mes mains, car longtemps j'ai eu, de tradition familiale, deux mains gauches (pas vraiment pratiques), me voilà avec une bête qui se tord autour d'un caillou des plus banals. Un caillou ramassé vers la cathédrale alors que passait devant moi un homme tirant deux chiens de traineau, avec sur sa tête une étrange chapka de fourrure. Il semblait chercher désespérément une terre polaire, alors que j'auscultais le sol à la quête d'un caillou. Posture assez inhabituelle aussi. A chacun sa terre inconnue. En tout cas souvenez-vous, caillou, hibou, genou, chou, joujou, pou, bijou prennent un x au pluriel. Et un caillou qui se révolte se transforme rapidement en pavé provoquant parfois une guerre des pierres. L'arme des plus démunis.

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Si l'atelier de l'écrivain se donnait à voir, le mien pourrait ressembler à cela. Du désordre nécessaire à la création et aussi, mon incapacité à séparer l'administratif, la lettre à écrire à un ami, le déroulement d'une rencontre, le texte commandé par une revue. Bricoler un livre à partir du fatras de la pensée. Dans Invitation à l'atelier de l'écrivain Ismail Kadaré écrit : L'écrivain est donc tiraillé entre des forces opposées, des états d'âme contraires, entre le laisser-faire et la détermination, entre l'orgueil de se vouloir de la race des grands et les reproches de sa conscience, jusqu'à ce qu'il décide - ou plus exactement croie décider - de mettre un peu d'ordre dans ses archives. Et j'ose espérer qu'un livre me donnera la même joie que j'éprouvais adolescente à parcourir la route qui me menait d'Amnéville à Silvange, le long de la forêt et des friches d'usine sur la lourde Mobylette bleue de mon père, ressassant parfois des poésies naïves que je recopiais dans des petits carnets jaunes. Rêvant à un avenir plus grand que celui que me proposait mes parents et gravant dans ma tête un paysage qui m'obsède bien plus que je ne l'aurais imaginer alors. 

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Installée depuis quelques mois dans une maison en Savoie, je passe de longues journées seule. C'est bon pour le travail et j'apprends à éteindre la radio. J'aime aussi me rendre sur Facebook, voir si les autres y sont. Pas d'échanges fondamentaux, c'est ma machine à café, je papote deux minutes et je passe à autres chose. Je n'y laisse aucune trace de ma vie intime. Si on n'a pas dit oui à toutes les demandes "amicales", on est pas trop envahi. Pour mon site, je n'ai pas voulu de forum de discussion. La plupart du temps, sauf peut-être Le tiers livre de François Bon, s'y exprime des ronchons qui ne viennent guère alimenter le propos. Et je déteste la critique anonyme. Par contre, on peut me contacter. Les messages ne sont pas trop nombreux, car mon interlocuteur doit accepter l'épreuve de décryptage qui évite les spams. Le plus souvent ce sont des lecteurs et j'ai parfois ainsi des nouvelles d'Amnéville qui tient une place importante dans mes écrits. Il y a peu c'est Sabina Subasic qui m'a écrit de Sarajevo. Elle aimait bien l'article sur le déménagement. Depuis, je lui ai appris que son documentaire La terre a promis au ciel avait accompagné l'écriture d'Unité de vie. Dans ce film, elle a suivi pendant quelques semaines des familles de disparus, une juriste et une anthropologue qui tentent de redonner figure humaine aux milliers d'ossements retrouvés dans les charniers éparpillés dans la forêt. Une tâche énorme. Les tortionnaires ont vite compris que la disparition des traces et de l'historique des massacres les mettait à l'abri de la justice. Ce documentaire me touche particulièrement quand Eva, l'anthropologue, regrette d'avoir dû séparer les corps enlacés de deux amoureux pour faciliter la reconnaissance ou quand le soir, éteignant la lumière de son labo, elle dit au revoir, à ceux qui sont redevenus des hommes et des femmes, des fils et des fils, des frères et des sœurs. Des compagnons de vie.  

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Unité de vie est sorti en librairie et je détourne mon regard. Je m'occupe. Je prends des prises électriques en photo, celles des amis de préférence. Une manière singulière de se pencher sur leur logement. C'est également une bonne séance d'humilité car les prises sont souvent encastrées dans le bas des murs. Donc je m'occupe, je me distrais, j'essaie de ne pas penser à... et y parviens difficilement : combien de temps avant que mon livre ne soit enfoui sous la masse des autres livres ? Jane Sautière m'expliquait qu'un livre avait une durée de vie équivalente à une boite d’œufs frais. Si au bout de trois semaines vous n’êtes pas repéré par la presse ou les libraires : disparition ! Retour au stock. Vous avez alors envie de le secouer ce bouquin afin que toutes les lettres s'en échappent comme dans un dessin animé. Plus de mots. Plus de phrases. Rien que des pages blanches, au moins il pourra servir de cahier. Mais si je repense à ma théorie de la boite d’œufs, cela ne fait qu'une semaine que le livre est sorti. Il est temps que je retourne à mes prises, promis, je n'y mettrai pas les doigts. 

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Mestre. Ville qui fait face à Venise, qui fait partie de la commune de Venise. Ville laide, à l'urbanisme anarchique, déroutante. 180 000 habitants dont 30 000 travaillent sur les docks de Porto Marghera et dans les usines où l'on produit des peintures, de l'aluminium, du zinc et des millions de litres d'essence. Sur une grande voie rapide, aux arrêts de bus, d'un côté ceux qui partent vers la ville mythique et, en face, ceux qui vont au boulot du côté des raffineries. Vont-ils parfois visiter la cité lacustre ? De Mestre personne ne m'en avait parlé. Pourtant, elle se voit aussi des berges de Venise. N'ai-je pas voulu entendre ou s'agissait-il d'un recadrage ? Comme l'on recadre ses photos pour retirer ce qui pourrait ternir le souvenir. Mestre, la ville hors cadre qui impose ses odeurs chimiques et ne se laisse pas facilement apprivoiser avec ses méandres de routes, de voies rapides, de détours, de ronds-points. Il pleut, nous nous réfugions au Camping Rialto qui se tient au bord d'une route bruyante et poussiéreuse. A l'abri, je lis les Nouvelles vénitiennes de Dominique Paravel. Elle y campe des personnages du XII ème  à nos jours. Je lis comment dans le passé, dans le môle se mêlaient déjà une cohue puante de marins, de pèlerins, de tailleurs de pierre, de marchands et d'Orientales. Chacun espérait trouver richesse et reconnaissance dans la ville. Dans le camping, des touristes du monde entier se croisent dans les sanitaires qui sentent le moisi et la pisse. Ils espèrent eux aussi vivre le changement en visitant la Sérénissime. On ne commerce plus de l'onguent ou des sculptures mais du souvenir et de la culture-loisir. Je viens aussi pour cela. Le lendemain, à notre arrivée à Venise, l'ami qui m'accompagne me fait remarquer que sur Piazzale Roma les bus déversent les touristes au même rythme que les camions déversent du gravier sur la place en chantier. Chacun son boulot. Venise est belle mais c'est Mestre qui me donne envie de revenir. Obsession Usine.

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Lecture à Ljubljana dans une friche culturelle installée dans l'ancienne caserne militaire de l'armée yougoslave d'avant la guerre. En 1992, quand la Slovénie a déclaré son indépendance, il y a eu des affrontements pendant 40 jours. Les étudiants ont envahi la caserne et elle est devenue, depuis, un lieu culturel. La prison a été transformée en hostel et l'on peut dormir dans des cellules réaménagées par des designers et des architectes essentiellement slovènes. L'association Kud kentaver nous a reçu Mateja Bizjak-Petit et moi pour une lecture en trois langues : français, slovène, allemand dans ce lieu appelé Menza pri koritu qui signifie : la cantine à côté de l'auge. Le mot d'ordre de l'association est poezija je kul !  Spectateurs peu nombreux pour cause de vacances, mais il y avait des jeunes et des moins jeunes très enthousiastes. Nous avons même eu l'honneur d'être bissées. La poésie tient une grande place en Slovénie, et dans la principale librairie de la ville les revues de poésie occupent deux longues étagères. Rendez-vous a été pris pour le mois de juin 2012 où se déroulera un festival poétique en ce même lieu. Avec Mateja nous aimerions écrire un texte commun où viendrait se mêler nos deux langues maternelles pour questionner la question du Vater Land : le pays des pères.  

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