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L'obstination du bleu Klein.

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C'est une écrivaine allemande. Elle écrit des polars qui se déroulent à Hambourg. Nous sommes invitées à la même manifestation alors avant notre rencontre, j'ai lu son livre traduit en français et je n'ai pas trouvé cela bon du tout. Une absence de rythme. Des  phrases  maladroites. Sentiment que c'est la traduction qui était mauvaise. Le soir de notre rencontre, elle vient me voir pour que je l'aide à lire un passage en français. Je constate que dans la version allemande, elle n'utilise pour les dialogues que la forme sagt er ou sagt sie (dit-il, dit-elle). Le traducteur s'est autorisé des : souffle-t-il, rétorque-t-elle, remarque-t-il etc. Un florilège de synonymes du verbe dire. Pendant la soirée, elle lira le texte en allemand, langue que je connais bien. Je constate que c'est bien meilleur que le texte en français. Je sais qu'une traduction n'est qu'une interprétation, qu'il faut adapter. Mais là le texte a été massacré. D'ailleurs, elle m'explique qu'elle n'a eu aucun échange avec le traducteur, ce qui n'a pas été le cas avec les maisons d'édition anglaise et italienne. Depuis j'ai réouvert mon livre Gagner sa vie traduit en slovène : Zasluziti si svoj kruh (gagner son pain). Et même s'il y a toujours de l'étrangeté à voir son texte dans une autre langue, une langue qui nous est totalement étrangère, je suis confiante quant au résultat car j'ai le souvenir de nos nombreux échanges et questionnements sur le comment traduire.  Ainsi l'expression très française de  brasser de l'air quand il s'agit de brasser du vent ou plutôt du concept. Bref brasser du vide. La langue qui est traversée par son histoire, ses origines et des lieux communs qu'il faut réinventer dans l'autre langue. J'ai pensé à Eric Boury, Claro ou encore Valérie Rouzeau qui savent raconter la difficulté et aussi le plaisir de la traduction. L'impossibilité parfois, alors il faut trancher tout en respectant le texte d'origine, mais certainement pas massacrer. Bien sûr, se pose aussi la question de la rémunération du traducteur ou de la traductrice, du temps donné, du respect d'un travail relativement méconnu, il me semble. Je vais bientôt lire ce polar dans sa langue d'origine. J'ai cette chance de pouvoir le faire ... et si ça me plaît, j'en ai 6 autres à découvrir.